Le Blog de l'Esterel

C'est en parvenant à nos fins par l'effort, en étant prêt à faire le sacrifice de profits immédiats en faveur du bien-être d'autrui à long terme, que nous parviendrons au bonheur caractérisé par la paix et le contentement authentique

29 août 2007

Ces Etats qui rachètent la planète

Juillet 2005 : le premier ministre français, Dominique de Villepin, prône le "patriotisme économique". De Londres à Bruxelles, les condamnations sont unanimes. Août 2007 : la chancelière allemande, Angela Merkel, annonce un projet de loi pour "préserver les intérêts nationaux face à des investissements étrangers problématiques". Personne ne s'en offusque. Pourquoi cette différence ? Parce qu'en deux ans, la perception de la mondialisation a changé.

 

Pendant deux décennies, globalisation a rimé avec libéralisation et privatisations. C'est fini ou presque. Demain, par un étrange retournement de situation, globalisation rimera de plus en plus souvent avec nationalisations. A un important détail près : les entreprises ne seront plus la propriété de l'Etat dans lequel elles ont vu le jour, mais appartiendront aux nouveaux banquiers de la planète : la Chine, la Russie, la Norvège, les pays du Golfe persique notamment.

En effet, grâce à l'augmentation du prix des matières premières ou à leurs excédents commerciaux, ces pays ont de l'argent. Beaucoup d'argent. Longtemps, ils se sont contentés de le gérer en pères de famille, achetant notamment des bons du Trésor américain. Puis, constatant que la Bourse offrait sur le long terme un meilleur rendement, nombre d'entre eux ont acquis des actions, prenant ici ou là des participations dans des entreprises privées. De prêteurs, ils devenaient propriétaires. Mais, actionnaires souvent très minoritaires, ils n'intervenaient pas dans la gestion, se contentant d'engranger les dividendes. Ainsi, le fonds de pension du gouvernement norvégien, qui gère la bagatelle de 300 milliards de dollars (219,5 milliards d'euros) d'actifs, est présent au capital d'environ 90 sociétés françaises, mais il n'en détient quasiment jamais plus de 1 %.

Cela pourrait devenir une exception. Le fonds d'investissement de Dubaï vient de prendre 9,5 % de MGM Mirage, la société du milliardaire Kirk Kerkorian, qui possède le tiers des casinos et la moitié des chambres d'hôtels de Las Vegas. Par ses différentes filiales, le même fonds possède 3,12 % d'EADS. Il n'hésite pas à s'opposer aux autorités suédoises pour racheter OMX, une des Bourses d'Europe du Nord. Le fonds du Qatar est, lui, prêt à débourser 24 milliards de dollars pour acquérir la chaîne de supermarchés britannique Sainsbury.

Ces fonds ne sont pas une nouveauté : l'émirat du Koweït a créé le sien en 1960. Temasek, le fonds de Singapour, a vu le jour en 1974. Mais leur montée en puissance et leur activisme naissant changent la donne. Selon une récente étude de la banque Morgan Stanley, ces fonds publics (dits souverains) qui gèrent aujourd'hui environ 2 500 milliards de dollars - dont le tiers provient du seul fonds des Emirats arabes unis - pourraient, dès 2015, gérer 12 500 milliards de dollars !

En Russie, un "fonds des générations futures" verra le jour le 1er février 2008. Doté chaque année d'une quarantaine de milliards de dollars provenant de la manne pétrolière et gazière, il fera ses emplettes à l'étranger, comme Gazprom a tenté de le faire en essayant de mettre la main sur Centrica, principal distributeur britannique de gaz.

Mais c'est surtout la Chine qui inquiète. Forte de ses gigantesques réserves de change (environ 1 200 milliards de dollars), Pékin a annoncé qu'un fonds public consacrerait environ 300 milliards chaque année à des investissements à l'étranger. Un record absolu dans les relations internationales. Recalculé en tenant compte de l'inflation, le plan Marshall lancé par les Etats-Unis pour reconstruire l'Europe après 1945 se monterait aujourd'hui, selon les experts, à environ 100 milliards de dollars. Avec 300 milliards par an, la Chine pourrait, par exemple, s'offrir en cinq ans l'ensemble des entreprises françaises qui composent le CAC 40.

Pékin a déjà fait sensation en juin en acquérant pour 3 milliards de dollars 10 % du puissant fonds d'investissement américain Blackstone, actionnaire de nombreuses entreprises, notamment Deutsche Telekom.

BRAS SÉCULIER DE LEUR GOUVERNEMENT

Du coup, l'Occident s'interroge. Au nom du libéralisme et de la liberté de circulation des capitaux, faut-il laisser des Etats étrangers faire leur marché et mettre la main sur les technologies occidentales ? Hormis le fonds norvégien, les autres fonds souverains ont une gestion souvent opaque et sont en fait le bras séculier de leur gouvernement. Dans un entretien accordé en juillet au quotidien Handelsblatt, Angela Merkel n'avait pas caché le fond de sa pensée : "La question est de savoir si la prise de participation d'un fonds doté de capitaux publics n'est pas liée à la volonté d'exercer une influence politique."

L'Allemagne n'est pas la seule à s'inquiéter. Les Etats-Unis, si heureux que les Chinois leur prêtent de l'argent, ne voient pas d'un bon oeil leurs acquisitions. Après avoir bloqué le rachat du pétrolier Chevron par le chinois Cnooc et le rachat de cinq ports par le fonds de Dubaï, Washington a décidé au début de cette année de renforcer le rôle du comité chargé de contrôler les investissements étrangers dans les domaines sensibles (transport, télécommunications, énergie, santé). Lorsque l'acquéreur sera tout ou partie contrôlé par un Etat étranger, ce comité disposera de quarante-cinq jours pour étudier le dossier. Le directeur du renseignement national sera obligatoirement consulté et le Congrès sera informé du résultat de ces investigations. Les secrétaires d'Etat au Trésor et à la sécurité nationale devront donner leur accord.

Signe du changement intervenu depuis deux ans : s'il semble déplorer l'initiative allemande, le commissaire européen au commerce, le Britannique Peter Mandelson, envisage de créer une "golden share européenne". Même le Fonds monétaire international s'y met. Sa prochaine réunion annuelle, en octobre, se penchera sur les fonds souverains, susceptibles, selon l'un de ses dirigeants, de menacer "la stabilité globale". C'est aussi l'avis de Morgan Stanley, qui juge que les tensions entre les pays émergents et les pays développés sur cette question pourraient "saper la mondialisation".

L'Occident va avoir fort à faire pour ne pas être accusé de racisme larvé. L'opacité des fonds souverains n'est pas plus grande que celle des hedge funds (fonds spéculatifs) et des fonds d'investissement qui font la fortune de la City et de Wall Street. Et s'ils sont le bras armé de leur gouvernement, on ne jurerait pas que certains groupes américains ou européens ne jouent pas un rôle équivalent dans leurs pays respectifs. Sur ce dossier, l'Occident est donc bel et bien sur la défensive. Normal : pour la première fois, ce n'est plus lui qui tient les cordons de la bourse.

Frédéric Lemaître
LE MONDE | 28.08.07
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-948335,0.html


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28 août 2007

Quand la finance prend le monde en otage

Spéculation immobilière, ralentissement économique

http://www.monde-diplomatique.fr

Quand la finance prend le monde en otage

« La tourmente que traversent actuellement les marchés financiers va peser sur la croissance mondiale », estime le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), M. John Lipsky. Plus soucieux que lui de rassurer l’opinion (et les investisseurs), les gouvernants des Etats-Unis, d’Europe et du Japon prétendent que les fluctuations boursières ne constitueraient qu’un simple accident de parcours dans un ciel dégagé. L’agitation a été enclenchée par la faillite aux Etats-Unis d’un marché de l’immobilier gorgé de crédits distribués sans discernement : pour le seul segment des prêts les plus risqués, dits « subprime », les créances hypothécaires en circulation atteindraient 1 300 milliards de dollars ; de un à trois millions d’Américains pourraient devoir vendre leur habitation. Propageant le risque à l’ensemble de l’économie mondiale, une innovation financière débridée a, tour à tour, favorisé la bulle immobilière, la crise du logement et la spéculation. Un nouveau relâchement du crédit contiendrait peut-être (ou différerait) certains des dégâts. Mais il encouragerait à la récidive les « mathématiciens fous de Wall Street ». La prochaine crise est-elle donc déjà annoncée ?

Par Frédéric Lordon

Hegel, il y a deux siècles, déplorait l’incapacité chronique des Etats à tirer les leçons des expériences de l’histoire. Les gouvernements ne sont pas les seules puissances incapables d’apprentissage. Le capital – tout particulièrement financier – semble lui aussi condamné à la persévérance dans l’erreur, à l’aberration récurrente et à l’éternel retour de la crise financière. Quoique portant sur des « objets » nouveaux, la crise actuelle des marchés de crédit donne à voir une fois de plus les ingrédients chimiquement purs du désastre, offrant à qui voudra bien s’en saisir une occasion de plus de méditer sur les « bienfaits » de la libéralisation des marchés de capitaux.

C’est qu’il faut tout de même avoir la foi chevillée au corps pour continuer de chanter, contre toute évidence, les vertus de la financiarisation qui répand la prospérité générale, contribue à la stabilité économique et au progrès du genre humain. Mais la croyance financière ne désarme pas facilement et, elle qui se targue d’être le principe de réalité incarné, elle qui soumet les entreprises à la seule « validation par les faits », sous les critères du reporting (livraison trimestrielle des comptes) et du track record (« historique » des performances), demeure bêtement ignorante de ce que l’histoire récente – sa propre histoire – lui livre, de manière pourtant accablante. C’est qu’en effet le track record de la libéralisation financière n’est pas bien fameux... Il faut tout de même rappeler que, depuis qu’elle sévit, il aura été difficile de passer plus de trois ans d’affilée sans un accident majeur, presque chaque fois appelé à entrer dans les livres d’histoire économique : 1987, krach mémorable des marchés d’actions ; 1990, krach des « junk bonds » (« obligations pourries ») et crise des Savings and Loans (caisses d’épargne américaines) ; 1994, krach obligataire américain ; 1997, première tranche de crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième tranche (Russie, Brésil) ; 2001-2003, éclatement de la bulle Internet...

Et nous voici en 2007. (...)

Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique actuellement en kiosque. Frédéric Lordon.
http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/LORDON/15074


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26 août 2007

RENTREE SANS MARQUES 2007

Pour la huitième année consécutive, le Mouvement pour une rentrée sans marques 
(avec Casseurs de pub, DiverCité...) appelle à boycotter les marques des
multinationales pour la rentrée 2007.
Quand les publicitaires ne cherchent pas à entrer dans les écoles malgré la loi,
ils font la sortie des lycées pour rendre les jeunes accros à la conso.
Il est temps de chasser ces dealers de pub qui veulent faire de l'éducation
une marchandise.
Envoyez à votre député la pétition pour l'abrogation du « Code de
bonne conduite des entreprises en milieu scolaire »,
qui permet à la publicité de s'insérer dans l'école.
Téléchargez l'affiche de la Rentrée sans marques.

Source : http://www.casseursdepub.org/

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17 août 2007

Les émotions

Les émotions - Lama Guendune Rinpoché
               
Enseignement donné par Lama Guendune Rinpoché sur la façon de traiter les émotions,
à Dhagpo Kagyu Ling, en novembre 1984.

cliquez ici pour le lire (ou l'enregistrer) :
Les_emotions___Lama_Guendune_Rinpoche___DKL

source :
http://www.dhagpo-kagyu.org/france/


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16 août 2007

Enercoop


http://www.enercoop.fr/

ECOLOGIQUE
Enercoop injecte sur le réseau de l’électricité produite uniquement à partir des sources d’énergie renouvelables : l’eau, le soleil, le vent et la biomasse.

SOLIDAIRE
Enercoop est agréé par l'Etat comme "entreprise solidaire". Ce mécanisme d'agrément a été mis en place grâce à la loi sur l'épargne salariale du début de l'année 2001. Il permet aux salariés de soutenir des entreprises sociales et solidaires au travers des mécanismes d'épargne salariale de leur entreprise.

CITOYENNE
Enercoop est le seul fournisseur sous forme coopérative et reconnu d'utilité sociale et d'intérêt collectif. Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC), Enercoop s'inscrit dans le courant  de l'économie sociale et solidaire et permet d'associer celles et ceux qui veulent agir ensemble dans un même projet, celui de la réappropriation démocratique du secteur énergétique.

Plaquette d'information :
Pour cela, cliquez ici (pdf 478 ko) ou  cliquez ici : plaquette_Enercoop


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15 août 2007

changez d’ampoules, pour ne pas péter les plombs !

 

Pétition en ligne :

changez d’ampoules, pour ne pas péter les plombs !

Par Greenpeace France, mardi  7 août 2007 à 16:52 :: Agissez ! :: #155 :: rss

Réduire la demande énergétique nécessite d’engager une véritable politique d’efficacité énergétique.

Les ampoules à incandescence sont l’exemple parfait des technologies énergivores et dépassées qui n’ont plus leur place sur le marché ! Ces ampoules sont très inefficaces : elles gaspillent 95 % de l’énergie qu’elles consomment en chaleur, 5 % seulement servant à produire de la lumière.

Demandez à Jean-Louis Borloo, Ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durable d’établir des standards énergétiques contraignants sur les appareils qui consomment inutilement de l’énergie.

Cliquez ici pour envoyer la pétition.

GREENPEACE GREEN PEACE


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14 août 2007

Pamukalie : élections présidentielles

Un exemple à suivre cette petite république !
***********************************************

Enfin, les résultats
... ils sont ICI

Un pays encore inconnu il y a si peu

Il y a un peu plus d’une année, la Pamukalie s’est ouverte au monde suite au décès du dictateur Bourdayane et à l’effondrement de son système totalitaire.

Un musicien est parmi les premiers occidentaux à s’y rendre pour faire un reportage hebdomadaire sur le pays le moins connu de la Méditerranée.

Là-bas, il va faire plusieurs rencontres qui changeront sa vie, et une simple mission ethnologique va se transformer en un véritable voyage initiatique.

... la suite de l'article est ICI

La carte de la Pamukalie est ICI


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13 août 2007

La Molvanie

La Molvanie, destination virtuelle à succès
LE MONDE | 09.02.07

© Le Monde.fr

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11 août 2007

carnet de voyage

Voici un site perso trouvé dans la jungle luxuriante du web.
Il retrace un voyage au SIKKIM et au BHOUTAN.
... En attendant d'y aller, bonne visite ! bouddhisme monastère gompa tibet nepal inde himalayas

http://sikkimbhoutan.free.fr/index.html


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10 août 2007

Le Japon, l'île des enfants perdus

http://www.lemonde.fr | 09.08.07 | 15h58

Souvent d'un confort feutré avec leurs spacieuses bibliothèques de mangas et de DVD, leurs box au fauteuil moelleux séparés par de minces cloisons à mi-hauteur et leurs distributeurs de boissons, sandwichs ou bols de nouilles instantanées, les cafés Internet qui fonctionnent 24 heures sur 24 sont les nouveaux repaires des jeunes Japonais.

 

La plupart viennent pour surfer sur le Web, d'autres pour tuer le temps, regarder la télévision ou se reposer dans la pénombre d'un lieu confortable, loin du brouhaha des rues des quartiers animés. Certains en ont fait leur tanière. Ce sont les "réfugiés du Net" : des jeunes de 20 à 30 ans qui naviguent d'un petit boulot à l'autre et ne gagnent pas assez pour se payer un logement ou une chambre d'hôtel. Dans les cafés Internet, ils peuvent passer six heures pour 1 500 yens (9 euros) ou moins dans les quartiers périphériques. La plupart des grands établissements disposent d'une centaine de box.

Minuit passé. Devant la machine à boissons chaudes, il attend que son gobelet se remplisse. La trentaine, jeans et tee-shirt bleu, les cheveux en broussaille. "Cool" comme des milliers de ses congénères croisés auparavant dans les rues du quartier branché de Shibuya à Tokyo. "Vous, vous cherchez un nouveau pauvre ?, dit-il, avec un sourire amer. Bingo ! Vous l'avez. Trente ans, une vingtaine de boulots sans lendemain. Depuis trois mois, je vis ici avec un petit sac et des sous-vêtements jetables. Je suis un "one call worker" : enregistré auprès d'une agence de placement qui m'appelle sur mon portable quand il y a un boulot. Dans les 1 000 yens de l'heure. Je dépense 1 500 yens pour ma nuit. Je mange dans des McDo. Humiliant, non ? Le gouvernement parle de "seconde chance" pour les perdants comme moi, poursuit le jeune homme. Mais y en a marre : on ne quémande pas une chance, un coup de bol. On veut une vie décente, c'est tout. Mon nom ? Je suis personne dans cette société." Dans le gobelet, le café refroidit. Il le prend, puis, sur un "Salut !", part vers son box.

Les cafés Internet offrent un condensé de la société japonaise contemporaine : prospère, lisse et efficace en surface, mais parcourue d'ondes souterraines dénotant malaise et dysfonctionnements. Dans les cafés Internet les plus modernes, ceux des quartiers animés, l'accueil est digne d'un hôtel. Atmosphère feutrée et services multiples. Fondus parmi les clients - car rien dans leur apparence ne les distingue vraiment - se nichent les jeunes paumés.

Après une décennie de récession, la machine productive nippone est repartie, mais elle laisse sur le carreau nombre de jeunes. Ce sont des "freeters" (mot composé de l'anglais free et de l'allemand arbeiter, désignant ici ceux qui font des petits boulots, c'est-à-dire des jeunes en situation précaire). Ayant grandi dans le Japon de la "bulle financière" de la fin des années 1980, ils sont arrivés sur le marché du travail à la fin de la "période glaciaire" de la récession, quand les entreprises soucieuses de réduire les coûts ont sabré dans l'emploi permanent pour privilégier le travail temporaire. Ils forment ce que le quotidien Asahi a baptisé la "génération perdue".

Le gouvernement estime à 1,8 million le nombre des freeters, filles et garçons. Si, au début de la décennie, on a pu voir en eux l'expression des valeurs individualistes d'une génération plus orientée vers des satisfactions personnelles que ses parents dévoués à l' entreprise, beaucoup ont découvert que leur situation est moins synonyme de liberté que de précarité.

Aux largués de la reprise, freeters et jeunes désargentés arrivés de la campagne qui n'ont pas de quoi payer un loyer et encore moins les trois mois d'avance pour obtenir un logement s'ajoutent ceux que des sociologues anglais ont baptisés "neet" (Not in Education, Employment or Training). Ils ne sont pas étudiants ni en formation : ils dérivent. D'entrée de jeu, ils ont baissé les bras. Pour la plupart, ce sont des adolescents introvertis qui refusaient d'aller à l'école (phénomène préoccupant dans l'Archipel depuis une décennie). Adultes, ils restent refermés sur eux-mêmes. Ils seraient 800 000.

Les neet sont un symptôme du malaise d'une société devenue férocement compétitive, qui condamne leur inadaptation, la mettant au compte de la fainéantise. Un message qu'ils reçoivent comme une négation de leur droit à l'existence. Les neet forment une bonne partie des jeunes qui se suicident. Comme eux, beaucoup de freeters ont le sentiment d'être pris dans une nasse.

Les quelque deux mille cafés Internet que compte le Japon sont moins chers qu'un sauna ouvert toute la nuit ou que les "hôtels capsules", aux couchettes superposées comme dans un wagon-lit. Et les boissons sont gratuites. La nuit, les plus grands sont pleins.

Outre la faune des habitués (10 % selon les employés), qui viennent pour quelques semaines, voire quelques mois, on y côtoie des salariés qui ont raté le dernier train. Ils ronflent les pieds sur la tablette de l'ordinateur dans les fauteuils inclinables des petits box de 2 m2, où l'on se déchausse avant d'entrer. Çà et là, dans les compartiments à deux, des couples profitent de la pénombre complice pour se caresser discrètement. Certains sont des lycéens qui ont raconté à leurs parents qu'ils dormaient chez un copain ou une copine. Devant d'autres box sont posées des chaussures à talons hauts : des filles de la nuit (hôtesses de bar et autres) qui attendent les premiers métros. Au petit matin, tout ce petit monde s'ébroue vers les douches de l'établissement. Certains ont même une salle de sport.

Les réfugiés du Net sont l'une des facettes de la nouvelle pauvreté nippone, fille d'une inégalité croissance entre ceux qui ont un travail fixe et les autres. Une disparité qui passe désormais par un clivage entre générations.

Philippe Pons

Article paru dans l'édition du 10.08.07.
Cet été, recevez le journal Le Monde papier pour 16 € /mois


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