Var Matin - 26 juin 2008

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Les Massaïs se sont enrichis de leurs expériences en France qu'ils mettront en pratique au Kenya dès lors qu'elles sont en parfaite harmonie avec la nature et la terre nourricière.  Photo Rina Uzan

Les Massaïs des parcs nationaux ne sont que des Massaïs de représentation destinés aux touristes ! » Pour Catherine Kieffer-Sencho, qui conduisait hier une délégation Massaï au Cannet-des Maures, la réalité du peuple éleveur et nomade est toute autre au Kenya.

Les troupeaux sont chassés des réserves naturelles par le gouvernement sous peine d'amende ; boutés hors de leurs champs par les grands fermiers blancs, alors que les Kikuyu, ethnie d'agriculteurs majoritaire dans le pays de l'Est africain, ont savamment spolié les Massaïs de leurs terres ancestrales.

Entre Kenya et Tanzanie, ce peuple n'a jamais connu d'autre propriété que celle, sans frontières définies, transmise par les ancêtres. Aucun village Massaï ne figure d'ailleurs sur une carte.

Il vit aujourd'hui une dramatique crise identitaire dont sa fierté l'engage à se sortir.

Indépendants coûte que coûte

« Moins d'espaces c'est moins de vaches et l'impossibilité de nourrir nos familles. Pour demeurer indépendants, nous devons nous résoudre à faire quelques cultures. Même si là n'est pas notre vie », déplore Simon Sensho, marié à Catherine, l'artiste française désormais vouée à la cause Massaï.

En 1994 déjà, Simon créa le centre culturel Oloorkarian, à une centaine de kilomètres au nord de Nairobi, près du parc national Massaï Mara. Un lieu de rencontres et de culture, également destiné à tenter de légaliser un périmètre appartenant à son peuple. Il a au moins réussi à en fédérer quelques composantes...

Harmonie avec la terre

Joseph, Daniel, Kiterre... cinq éleveurs Massaïs finissaient hier un mois de séjour en France, dont une partie au domaine de Rinaou, au Cannet-des-Maures, où Jean-Marie Arbrefeuille, maraîcher et viticulteur bio, les a initiés aux techniques de cultures naturelles.

« Outre notre climat qui est assez semblable à celui des hauts plateaux kenyans, j'adhère totalement à leur philosophie de la « Terre notre Mère ». Les Massaïs sont des gardiens de la nature qu'ils vénèrent. Le principe est d'insérer un mode cultural vivrier dans un milieu naturel. Agir en harmonie avec son environnement sans avoir à le combattre. Ainsi, il y a deux ans déjà, nous avions engagé un programme de semences naturelles de légumes, sans hybrides, qui permettrait de récupérer les graines pour les replanter. Cette fois, je les ai orientés vers des techniques telles que le paillage ou les décoctions de plantes dont ils pourront se servir en totale autarcie. L'amendement n'étant pas un problème avec leurs troupeaux. »

Maîtriser l'eau

Parallèlement, un stage dans le sud Roussillon, initié par Catherine Kieffer, via l'association Alenya, leur a permis de maîtriser les technologies de l'eau. D'assurer eux-mêmes la pérennité d'un programme d'équipement hydraulique financé, notamment, par le ministère des Affaires étrangères.

Ici est peut-être née la seconde vie de certains Massaïs. Mais pas leur seconde culture : « même s'ils vont à l'école où travaillent ailleurs, le bétail est leur âme. Ils ne peuvent construire leur maison ailleurs que proche du troupeau. C'est pour cela qu'on ne les voit jamais dans les bidonvilles de Nairobi », conclut Catherine Kieffer devant ses protégés. Lesquels, en guise de sympathie, ont consenti à se vêtir de leur tenue traditionnelle pour satisfaire à la curiosité des visiteurs blancs...

   P. J.

  Var-Matin