Pour protéger l'image des Jeux, le nouveau règlement du CIO encadre très strictement le droit d'expression des sportifs.

Le président du CIO Jacques Rogge et les membres Hein Verbruggen et Liu Jingmin (Claro Cortes/Reuters).

Vous espérez un coup d'éclat aux Jeux de Pékin? Le poing levé d'un athlète en guise de protestation, comme aux JO de 1968 [1]? Un formidable pied de nez aux hiérarques chinois? Ne rêvez pas. Le CIO a tout prévu et surtout le pire cauchemar des communicants: la fuite par un blog ou une chronique tenue par un athlète. Voyage aux pays des merveilles de la censure olympique.

L'heptathlonienne Marie Collonvillé, blogueuse sur 20 minutes.fr [2] l'a fait savoir: pendant les Jeux, elle ne pourra tenir un blog ou une chronique radio, comme elle l'avait fait aux Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. En cause: le nouveau règlement édicté par le CIO [3], qui encadre très strictement le droit d'expression des athlètes et au-delà, de toutes personnes accréditées par l'organisation. (Ecouter le son)

Pas de rémunération, pas d'exclusivité, protection maximale des sponsors

Pour comprendre, il faut se plonger dans le guide de l'athlète [4] édicté par le Comité national olympique sportif français (CNOSF). Les 61 pages de ce document -que les athlètes français doivent retourner signé avant le 15 juillet 2008- détaillent les bons usages à respecter pendant tout le mois d'août.

L'intérêt de ce texte est d'expliciter, sans fausse pudeur, la nature de l'esprit olympique qui anime désormais la manifestation sportive. Au premier chapitre, intitulé "Pourquoi des règles?", la première réponse à s'afficher est… le "programme marketing du CIO". En clair, jusqu'en 1980, l'épreuve était menacée par la ruine et la décadence, depuis le marketing et les droits télé ont sauvé les Jeux!

Pour ne pas tuer la poule aux œufs d'or, il est donc impératif de la protéger comme les réserves de la Banque d'Angleterre. D'où les chapitres suivants, consacrés à "l'image des athlètes dans le cadre des Jeux Olympiques", le "port de la tenue de la délégation" ou encore, plus sensible, la "couverture médiatique". Et là, pas de quartier: interdiction pour les athlètes de jouer au journaliste. Aucune exclusivité ne peut être négociée, aucune rémunération envisagée et les sujets à aborder sont strictement encadrés.

Pas de site web personnel pour les Jeux, pas de sons, pas de vidéos

Page 43 du Guide, le ton est donné:

"Les athlètes ne peuvent créer de site Web personnel pour les Jeux olympiques."

Et si vous en avez déjà un, voici comment le remplir:

"Dans la mesure où un athlète dispose déjà d’un site Web permanent, il peut continuer à l’alimenter pour autant qu’aucune des conditions publicitaires ou commerciales y afférentes ne soient en contradiction avec les règles du CNO. En ce qui concerne le contenu, les athlètes peuvent y formuler leurs opinions et remarques personnelles, mais ils ne peuvent en aucun cas s’exprimer sur un autre sujet qui ne leur soit pas lié."

L'heptathlonienne Marie Collonvillé a été sollicitée par France Télévisions pour tenir une chronique quotidienne en Chine. Renseignement pris, la fédération d'athlétisme lui a fermement déconseillé l'expérience. Pourtant, en 2004 à Athènes, elle a tenu une chronique radio sur France Bleu. Message reçu cinq sur cinq par la blogueuse: (Ecouter le son)

Le CIO est allé très loin dans sa volonté d'encadrer les débats (s'il y en a). Premier avertissement, page 46 du guide:

"Les Blogs devront se présenter sous forme de journal et, en tout cas, ne pas contenir d’interview avec des personnes accréditées ni d’histoire les concernant."

Et ce n'est pas tout. Chaque athlète, "accrédité" par l'organisation, doit se conformer à l'obligation suivante:

"Les personnes accréditées ne devront pas divulguer d’informations confidentielles ou privées en rapport avec une tierce personne y compris, mais pas exclusivement, des informations susceptibles de compromettre la sécurité, la tenue et l’organisation des Jeux et le cas échéant, les délégations olympiques respectives des personnes accréditées ou la vie privée de toute autre personne accréditée."

Bref, si l'on suit à la lettre cette dernière recommandation, aucun propos critique sur les JO ne sera toléré. Rappelons qu'une suspension d'accréditation vaut pour un athlète exclusion définitive des épreuves.

Marie Collonvillé: "On n'a pas le droit de s'exprimer comme on le voudrait"

Enfin, sur le chapitre du contenu, les responsables olympiques, désormais imprégnés de "l'esprit" du marketing, cultivent une langue de bois brute où le message est clair (page 32, dans le chapitre sur le "port de la tenue"):

"La règle 51 de la charte olympique pose le principe de l’interdiction de propagande et démonstration politique, religieuse et raciale. Outre les règles relatives à la publicité dans les sites olympiques, la règle 51 renvoie à ses textes d’application concernant la publicité sur les habillements des participants aux Jeux olympiques."

Là aussi, le CIO a tiré les leçons des Jeux de Mexico en 1968 et du coup d'éclat des trois sprinters vainqueurs de l'épreuve du 200 mètres. Les Américains Tommie Smith [5] et John Carlos [6], poings gantés de noir tendus vers le ciel, avaient spectaculairement manifesté leurs idées en faveur du mouvement des Black Panthers. Tandis que l'Australien Peter Norman [7] avait, par la suite, marqué son entière solidarité avec les deux athlètes noirs.

Un tel geste serait-il possible à Pékin? Pour Tommie Smith, interrogé par France Info [8], c'est un acte lourd de conséquences… (Ecouter le son)

Le sprinter américain sait bien ce qu'il en coûte de franchir la ligne jaune: lui, John Carlos et Peter Norman ont été violemment ostracisés par la communauté sportive. A 35 ans, Marie Collonvillé sait qu'elle a tout à perdre. Rééditer un tel coup d'éclat? "Il faut déjà être sur le podium", s'amuse-t-elle. (Ecouter le son)

Mais peut-être y-a-t-il quelques inconscients parmi les 10 000 athlètes attendus à Pékin? Rêvons un peu.

Lire aussi: Toute la JO-politique sur le blog Boycotter les JO de Pékin [9].

   

URL source:
http://web2.rue89.typhon.net/2008/07/10/un-seul-droit-pour-les-athletes-aux-jo-de-pekin-fermez-la

Liens:
[1] http://www.ina.fr/archivespourtous/popup.php?vue=partenaire&partenariat=cc9df233fd8bd314d4f4d4b5e87c017b
[2] http://lecarnetdemarie.20minutes-blogs.fr/archive/2008/07/02/le-dopage.html
[3] http://pekin.franceolympique.com/pekin/art/7/547.shtml
[4] http://pekin.franceolympique.com/pekin/fichiers/File/communication/Guide-de-athlete.pdf
[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Tommie_Smith
[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Carlos
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Norman
[8] http://www.france-info.com/spip.php?article157590&theme=27&sous_theme=292
[9] http://web2.rue89.typhon.net/jo-de-pekin



NO GAMES WATCHING

En poursuivant sa politique violente à l’encontre des populations tibétaines, la Chine continue de mettre à mal les plus élémentaires droits de l’homme.

L’espoir démocratique qui justifiait l’attribution des JO à la Chine semble aujourd’hui définitivement éteint.             

La diplomatie internationale peine à se mettre d’accord sur la conduite à tenir. En tant que téléspectateur, nous pouvons prendre position en boycottant l’audience de l’événement. Ne regardons pas la cérémonie d’ouverture, ni les épreuves si on doit en arriver là !

Dans les démocraties, quand la violence est présente, les épreuves se déroulent à huis clos.    

Fermons notre télévision, zappons sur d’autres programmes, allons faire du sport, allons faire l'amour, allons lire, allons vivre libres pour que les dirigeants chinois perdent à la fois leurs JO et le pari de se donner une image respectable.            

Plus nous serons nombreux et plus nous ferons baisser les 40% de parts de marché attendues au niveau mondial. La perte d’audience changera le modèle économique en modèle « éthiconomique ».

Si elle est signée massivement, cette pétition permettra de faire pression auprès des autorités concernées.

Pour signifier votre mobilisation, signez.

http://www.neregardezpaslesjo.fr