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Par Le Yéti | yetiblog.org | 26/03/2011 | 10H42

« Le livre, c'est vous qui l'avez écrit avec moi. J'avais quelques idées, je les ai mises sur mon blog. Par l'échange, on est arrivé à construire une œuvre collective. »

Au-delà de cet hommage de Paul Jorion à ses lecteurs et à « l'inventivité numérique », le livre en question, « Le capitalisme à l'agonie » (Fayard, 20 euros) a suscité dès sa parution, chez les thuriféraires du système moribond, quelques répliques lapidaires, sans nuances, et encore moins argumentées :

« Ne lisez surtout pas le livre de Paul Jorion ! » (Eric Leboucher, directeur de la rédaction du magazine économique Enjeux-Les Echos, qui assimile l'auteur aux « communistes » fumeux de l'époque héroïque).

La fin de « l'aristocratie des marchands »

Mais Paul Jorion (et ses lecteurs) n'en démord(ent) pas : le capitalisme n'aura survécu que dix-huit petites années à son frère ennemi, le capitalisme d'Etat soviétique, une paille en regard de l'histoire humaine. Son agonie et son effondrement ne sont « même plus un pronostic, mais un constat ».

« Notre modèle de société s'effondre. Notre système économique ne survit que par des artifices. […] Tout est à réinventer à partir de rien. Capitalisme, économie de marché, libéralisme ont épuisé ou outrepassé leur dynamique. La colonisation de la planète par notre espèce a atteint ses limites. »

Le capitalisme néolibéral actuel date des années Thatcher/Reagan. Il est une remise au goût du jour de cette « aristocratie de marchands » qui succéda à l'aristocratie féodale. Une oligarchie finalement assez peu recommandable, aux manettes d'un système oppressif incompatible avec la démocratie qui sert juste d'opportun paravent.

« Heureusement il s'effondre de lui-même, sourit Paul Jorion.Il a les mêmes qualités et les mêmes défauts que la féodalité qui le précédait. La féodalité s'est effondrée sous son propre poids. C'est pourquoi le parallèle entre les années 1750-1789 et notre situation présente est d'une certaine manière valable. »

L'ébauche du livre suivant : inventer un monde nouveau

Passé ce diagnostic sans appel, reste à savoir ce que l'on va mettre à la place. Paul Jorion avoue ne pas avoir encore de réponses claires. Juste quelques pistes là aussi, comme l'interdiction des spéculations sur les variations de prix (ce qui marquerait la mort du tyran actuel : la finance casino).

Pour le reste, faire confiance à la dynamique des forums participatifs, à l'échange, pour structurer le tout en un ensemble cohérent.

« Rassembler dans un livre les idées qui s'élaborent sur le blog, aller les défendre ensuite à l'occasion de sa parution… ce qui crée l'ébauche du livre suivant et ainsi de suite. »

Le fait est que notre homme, simple catalyseur comme il le revendique du bouillonnement numérique, est de plus en plus sollicité par les médias du microcosme, sans doute échaudés par les atermoiements d'une Grande Crise qui n'en finit pas. Et l'absence inquiétante de perspectives à venir. Il conclut :

« Les peuples qui en sont réduits à compter sur une intervention divine ne sont jamais bien loin en réalité de prendre leur propre destin en main ».

Sans que que cela n'ait apparemment rien à voir avec les révolutions arabes en cours.


Paul Jorion - Le temps qu'il fait, le 25 mars 2011 par PaulJorion

Le capitalisme à l'agonie, par Paul Jorion