Point de vue | LEMONDE.FR | 26.10.11 | 14h20     

par Sandrine Belier, députée européenne (Europe Ecologie-Les Verts), et Pascal Durand, porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts

Nous sommes écologistes, et non socialistes, et revendiquons à cet égard une autonomie d'action, de pensée et de projet.

Pour autant, il nous est insupportable, en ce quatrième anniversaire du Grenelle de l'environnement, de voir la droite placer son discours "écologiste" sur le terrain de la conviction et ériger l'autosatisfaction en bilan.

Faut-il rappeler que la "nouvelle" feuille de route gouvernementale en matière de politique "durable" a été énoncée par le président de la République le 6 mars 2010 dans une formule dont le style illustre la hauteur de vue : "L'environnement ça commence à bien faire."

L'élan du Grenelle était alors brisé et quelques mois plus tard, on assistait au détricotage du grand ministère d'Etat du développement durable, pourtant érigé en symbole de la conversion écologique de la droite présidentielle.

La ministre de l'écologie peut bien tenter des gesticulations médiatiques, elle ne gagne plus aucun arbitrage.

Les mesures structurantes ont été abandonnées ou repoussées sine die, ainsi de :

En matière d'énergies renouvelables, la France n'a pas respecté les objectifs qu'elle s'était elle-même fixés : notre consommation d'électricité pour 2010 devait être produite à partir d'énergies renouvelables pour 21 %, cette part n'atteignait que 14,6 %, soit le même niveau qu'en 1997. Quant à la production de chaleur d'origine renouvelable, elle devait augmenter de 50 % en 2010 et n'a finalement progressé que de 28 %.

Une politique environnementale ne se mesure pas au nombre de lois promulguées, a fortiori lorsqu'elle consiste massivement en la transposition du droit européen. La politique du chiffre ne supplée pas l'absence d'une ligne directrice.

Les enjeux environnementaux doivent être au cœur des politiques publiques et des stratégies industrielles, des transports, du logement, mais aussi des politiques de pêches, agricoles, alimentaires, de santé et d'urbanisme : ce sont toutes nos politiques sectorielles et économiques qui doivent être repensées par le prisme de la préservation de la diversité biologique qui doit devenir un indicateur de la richesse réelle et du bien-être de nos sociétés et l'une des conditions impératives pour l'affectation des financements publics.

"Reprendre en main" le Grenelle de l'environnement, c'est lui donner la portée politique qui lui a manqué, c'est mettre en œuvre cette formidable boite à outils capable d'impulser le changement pour une sortie durable de la crise économique, financière, sociale et environnementale.

C'est l'un des enjeux social et politique majeur du siècle dans lequel nous entrons. Une chose est pour nous certaine, ce défi, nous ne le relèveront pas avec ses fossoyeurs.

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