10 mars 2009
Qu'est ce que vivre ?
par Pierre Rabhi
Il ne faut pas s’accrocher aux alternatives en se disant qu’elles vont changer la société.
La société changera quand la morale et l’éthique investiront notre réflexion. Chacun doit travailler en profondeur pour parvenir à un certain niveau de responsabilité et de conscience et surtout à cette dimension sacrée qui nous fait regarder la vie comme un don magnifique à préserver. Il s’agit d’un état d’une nature simple : J’appartiens au mystère de la vie et rien ne me sépare de rien. Je suis relié, conscient et heureux de l’être.
C’est là que se pose la question fondamentale : qu’est-ce que vivre ? Nous avons choisi la frénésie comme mode d’existence et nous inventons des machines pour nous la rendre supportable. Le temps-argent, le temps-production, le temps sportif où l’on est prêt à faire exploser son cœur et ses poumons pour un centième de seconde… tout cela est bien étrange. Tandis que nous nous battons avec le temps qui passe, celui qu’il faut gagner, nos véhicules, nos avions, nos ordinateurs nous font oublier que ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons. Nos cadences cardiaques et respiratoires devraient nous rappeler à chaque seconde que nous sommes réglés sur le rythme de l’univers.
L’intelligence collective existe-t-elle vraiment ? Je l’ignore mais je tiens pour ma part à me relier sur ce qui me parait moins déterminé par la subjectivité et la peur, à savoir l’intelligence universelle. Cette intelligence qui ne semble pas chargée des tourments de l’humanité, cette intelligence qui régit à la fois le macrocosme et le microcosme et que je pressens dans la moindre petite graine de plante, comme dans les grands processus et manifestations de la vie. Face à l’immensité de ce mystère, j’ai tendance à croire que notre raison d’être est l’enchantement. La finalité humaine n’est pas de produire pour consommer, de consommer pour produire ou de tourner comme le rouage d’une machine infernale jusqu’à l’usure totale. C’est pourtant à cela que nous réduit cette stupide civilisation où l’argent prime sur tout mais ne peut offrir que le plaisir. Des milliards d’euros sont impuissants à nous donner la joie, ce bien immatériel que nous recherchons tous, consciemment ou non, car il représente le bien suprême, à savoir la pleine satisfaction d’exister.
Si nous arrivions à cet enchantement, nous créerions une symphonie et une vibration générales. Croyants ou non, bouddhistes, chrétiens, musulmans, juifs et autres, nous y trouverions tous notre compte et nous aurions aboli les clivages pour l’unité suprême à laquelle l’intelligence nous invite. Prétendre que l’on génère l’enchantement serait vaniteux. En revanche, il faut se mettre dans une attitude de réceptivité, recevoir les dons et les beautés de la vie avec humilité, gratitude et jubilation. Ne serait-ce pas là la plénitude de la vie ?

Agriculteur,
écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabhi est un
des pionniers de l'agriculture biologique et l’inventeur du concept
"Oasis en tous lieux".
Il
défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et
soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et
notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines
nourriciers.
Depuis
1981, il transmet son savoir-faire dans les pays arides d'Afrique, en
France et en Europe, cherchant à redonner leur autonomie alimentaire
aux populations. Il est aujourd'hui reconnu expert international pour
la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention
des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Il est
l’initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme. Il est l'auteur
de nombreux ouvrages dont Paroles de Terre, du Sahara aux Cévennes,
Conscience et Environnement ou Graines de Possibles, co-signé avec
Nicolas Hulot.
14 novembre 2008
Charte Internationale pour la Terre et l'Humanisme
Mouvement pour la terre et l'humanisme
Basé sur la fédération de toutes les consciences qui partagent les mêmes valeurs, Colibris, mouvement pour la Terre et l’Humanisme est libre de toute référence idéologique, politique ou confessionnelle, ainsi que de toute autorité spirituelle ou laïque.
La planète terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d’un immense désert sidéral.
En prendre soin, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit.
LE DÉSASTRE DE L'AGRICULTURE CHIMIQUE
L’industrialisation de l’agriculture, avec l’usage massif d’engrais chimiques, de pesticides et de semences hybrides et la mécanisation excessive, a porté gravement atteinte à la terre nourricière et à la culture paysanne. Ne pouvant produire sans détruire, l’humanité s’expose à des famines sans précédent.
DÉCONNEXION ENTRE L'HUMAIN ET LA NATURE
Majoritairement urbaine, la modernité a édifié une civilisation « hors-sol », déconnectée des réalités et des cadences naturelles, ce qui ne fait qu’aggraver la condition humaine et les dommages infligés à la terre.
LE MYTHE DE LA CROISSANCE ILLIMITÉE
Le modèle industriel et productiviste sur lequel est fondé le monde moderne prétend appliquer l’idéologie du « toujours plus » et la quête du profit illimité sur une planète limitée. L’accès aux ressources se fait par le pillage, la compétitivité et la guerre économique entre les individus. Dépendant de la combustion énergétique et du pétrole dont les réserves s’épuisent, ce modèle n’est pas généralisable.
HUMANITAIRE À DÉFAUT D'HUMANISME
Alors que les ressources naturelles sont aujourd’hui suffisantes
pour satisfaire les besoins élémentaires de tous, pénuries et pauvreté
ne cessent de s’aggraver. Faute d’avoir organisé le monde avec
humanisme, sur l’équité, le partage et la solidarité, nous avons
recours au palliatif de l’humanitaire. La logique du pyromane-pompier
est devenue la norme.
LES PLEINS POUVOIRS DONNÉES À L'ARGENT
Mesure exclusive de prospérité des nations classées selon leur PIB et PNB, l’argent a pris les pleins pouvoirs sur le destin collectif. Ainsi, tout ce qui n’a pas de parité monétaire n’a pas de valeur et chaque individu est oblitéré socialement s’il n’a pas de revenu. Mais si l’argent peut répondre à tous les désirs, il demeure incapable d’offrir la joie, le bonheur d’exister...
INCARNER L'UTOPIE
L’utopie n’est pas la chimère mais le « non lieu » de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d’existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.
LA TERRE ET L'HUMANISME INDISSOCIABLES
Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l’humanité, l’unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l’inspiration d’un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l’accomplissement de tous les êtres humains. Enfin, nous considérons la beauté, la sobriété, l’équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d’un monde viable et vivable pour tous.
SOBRIÉTÉ HEUREUSE
Face au « toujours plus » qui ruine la planète au profit d’une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l’équité.
LE FÉMININ AU COEUR DU CHANGEMENT
La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et
violent demeure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du
genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu’à la
détruire. Il nous faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie,
et écouter le féminin qui existe en chacun d’entre nous.
UNE AUTRE ÉDUCATION
Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une
éducation qui ne se fonde pas sur l’angoisse de l’échec mais sur
l’enthousiasme d’apprendre. Qui abolisse le « chacun pour soi » pour
exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui
mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui
équilibre l’ouverture de l’esprit aux connaissances abstraites avec
l’intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l’enfant
à la nature à laquelle il doit et devra toujours sa survie et qui
l’éveille à la beauté et à sa responsabilité à l’égard de la vie. Car
tout cela est essentiel à l’élévation de sa conscience.
RELOCALISATION DE L'ÉCONOMIE
Produire et consommer localement s’impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l’égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces... devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l’économie.
L'AGROÉCOLOGIE, ALTERNATIVE INDISPENSABLE
De toutes les activités humaines, l’agriculture est la plus indispensable car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, sécurité et salubrité alimentaires tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.
TÉLÉCHARGER LA CHARTE EN PDF : Carton A5 Chartes_web.pdf
17 juin 2008
La part du colibri
La part du colibri
L’espèce humaine face à son devenir
Ce texte de Pierre Rabhi nous amène à ouvrir les yeux sur le devenir de la planète et de l’espèce humaine, et propose une réflexion sur la « nécessaire décroissance ».
Livre édité par les éditions de l’Aube
Il apporte des solutions concrètes, réalistes, à
l’échelle humaine, que chacun peut mettre en œuvre, partager, propager.
Une manière de ne pas se sentir impuissant face à demain. La part de
chacun, la part du colibri, comme il le dit avec poésie.
« Comment
se fait-il que l’humanité, en dépit de ressources planétaires
suffisantes et de prouesses technologiques sans précédent, ne parvienne
pas à faire en sorte que chaque être humain puisse se nourrir, se
vêtir, s’abriter, se soigner et développer les potentialités
nécessaires à son accomplissement ?
Comment
se fait-il que nous n’ayons pas pris conscience de la valeur
inestimable de notre petite planète, seule oasis de vie au sein d’un
désert sidéral infini, et que nous ne cessions de la piller, de la
polluer, de la détruire aveuglément au lieu d’en prendre soin et d’y
construire la paix et la concorde entre les peuples ? »
Pierre Rabhi