Le Blog de l'Esterel

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06 juin 2009

Pourquoi Obama est devenu l'anti-Sarkozy [Mediapart]

 

Par Ludovic Lamant, Mathilde Mathieu, Thomas Cantaloube

Mediapart.fr

Pour la troisième fois en moins d'un an, Barack Obama passe par la France telle une traînée de poudre. Une fois de plus, il ne s'attardera pas, séjournant moins de vingt-quatre heures dans l'Hexagone. Est-ce notre beau pays qu'il ne goûte guère ? Ou alors l'empressement de notre président de la République à lui mettre le grappin dessus pour lui faire rejouer la scène des spaghettis de La Belle et le Clochard ? On parie sur la seconde hypothèse.

Depuis que le candidat Barack Obama a surgi sur la scène politique, Nicolas Sarkozy n'a eu de cesse de vouloir être son BFF (best friend forever, meilleur ami pour toujours, dans le jargon des adolescents américains). En juillet 2008, il déclarait au Figaro : «Obama ? C'est mon copain. Je suis le seul Français à le connaître.» Avant de proclamer que le thème du «changement» de l'Américain n'était que la version transatlantique de sa «rupture».

Pourtant, plus le temps passe depuis qu'Obama est au pouvoir, plus le gouffre entre les deux présidents semble se creuser. Pas seulement en matière de rhétorique et de comportement, mais plus profondément, dans leurs façons de gouverner et d'aborder les rapports de force au cœur de l'activité politique.

Le président des États-Unis est, depuis deux siècles et institutionnellement, un hyper-président. Il est l'initiateur des réformes et celui qui signe les lois. Il dirige une structure exécutive qui privilégie les conseillers de la Maison Blanche sur les membres du cabinet (son «gouvernement»). Il est le point focal de l'attention médiatique et l'homme  qui fixe l'agenda. Il est le premier diplomate, le commander in chief des armées, le leader de son parti, le VRP de sa politique et le principal négociateur des crises.

Les pères fondateurs, qui ont rédigé la Constitution des États-Unis et la Déclaration d'indépendance, étaient bien conscients du pouvoir ainsi remis entre les mains de celui qui s'assoit derrière le Bureau ovale. Ils ont donc bâti de solides contre-pouvoirs : le Congrès, le fédéralisme, la Cour suprême, et même la presse, dont l'indépendance a toujours été respectée. Mais le véritable contre-pouvoir de l'hyper-présidence, c'est la pratique présidentielle.

On l'a bien vu avec l'administration Bush qui a fait marcher le Congrès au pas à coups de menaces, qui a érigé le secret en principe de gouvernement, qui a manipulé les médias, qui a tenté de contourner la loi à de multiples reprises, qui a piétiné la minorité. On le voit aujourd'hui avec une administration Obama qui, bien qu'encore jeune, a ouvert les fenêtres de sa gouvernance.

En France, même si la Ve République a donné au président des pouvoirs que nul n'avait sous les républiques précédentes, l'exécutif demeurait relativement collectif (un premier ministre pas toujours simple courroie de transmission, des ministres poids lourds...), le parti majoritaire était traversé de courants contradictoires et l'Elysée n'était pas l'alpha et l'oméga des journaux télévisés du soir. Avec Nicolas Sarkozy, la donne a changé. La pratique du pouvoir a transformé le chef de l'État en hyper-président, voire en omni-président.

  • Le rapport à leur majorité parlementaire et à leur parti

Aux États-Unis, le président devient automatiquement le leader de son parti, même s'il ne représentait rien en son sein auparavant. La victoire écrase tout. Pour autant, le nouveau venu doit composer avec les poids lourds de sa majorité s'il veut faire avancer ses idées. En s'installant à la Maison Blanche, Barack Obama se retrouve en face de vieux briscards comme le patron des sénateurs démocrates Harry Reid et son homologue à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui n'ont pas forcément l'intention de lui faire des cadeaux. Dans le système très individualiste de la politique américaine, ils entendent d'abord gérer leur carrière, et ensuite ils ne partagent pas toutes les idées d'Obama (l'un est bien plus conservateur et l'autre plus progressiste). Ces deux-là sont entourés de dizaines d'élus qui soit ont leurs propres ambitions présidentielles, soit en ont eu (tel John Kerry par exemple) et sont dotés de chevilles fort gonflées.

À Strasbourg en avril dernier (  Pete Souza/Maison Blanche)

Autant dire qu'Obama doit faire preuve de tact et de délicatesse pour réussir à enrôler tout ce petit monde derrière son panache. Dès les premières semaines de leur mandat, Bill Clinton et George W. Bush avaient été débordés par leur majorité (le premier sur le sujet des homosexuels dans l'armée, le second avait perdu le contrôle du Sénat en raison de ses politiques conservatrices).

Jusqu'ici Obama est parvenu à calmer les ego et à associer les poids lourds du parti démocrate à son processus de décision. Le plan de relance, une loi fort lourde et très controversée, est passé comme une lettre à la poste. Et lorsque les démocrates l'ont mis en minorité (sur le transfert des détenus de Guantanamo), il a calmement admis que son projet de loi n'était pas aussi abouti qu'il aurait dû l'être et qu'il allait réviser sa copie.

Surtout, Barack Obama tend régulièrement la main aux républicains. Il a tout fait pour les associer à son plan de relance et il les invite régulièrement à la Maison Blanche pour une cocktail hour durant laquelle il converse avec eux librement. Cette attitude n'est pas dépourvue de cynisme, comme l'a reconnu son chef de cabinet Rahm Emanuel : «Les gens veulent que les deux partis discutent ensemble. Nous n'avons pas besoin de réussir à nous entendre. Il suffit juste d'essayer.» Mais, après des années de profondes divisions entre les deux partis, cela contribue à instaurer un climat plus apaisé à Washington.

De son côté, Nicolas Sarkozy ne s'embarrasse pas des mêmes précautions vis-à-vis de son parti, conquis fin 2004 et mis à son service dans la perspective des présidentielles (de 2007 puis 2012). Depuis l'Élysée, le chef de l'État a fait réviser les statuts de l'UMP, supprimant le poste de président pour instituer une direction collégiale, où les responsabilités sont diluées. Seul maître à bord, Nicolas Sarkozy a placé pléthore de ses proches aux postes clés (Patrick Devedjian puis Xavier Bertrand au secrétariat général, Frédéric Lefebvre au porte-parolat...).

Depuis 2007, le champ laissé aux «villepinistes» s'est rétréci comme peau de chagrin (Hervé Mariton se voyant tout de même chargé du secrétariat national aux armées), tandis que les sensibilités «décalées» (les sociaux-libéraux de Pierre Méhaignerie ou les réformateurs d'Hervé Novelli) en sont réduites à maugréer dans leur coin.

  • Ouverture aux rivaux contre ouverture-gadget

Barack Obama compose, Nicolas Sarkozy s'impose. Le président français a d'ailleurs missionné son conseiller spécial de l'Élysée, Dominique Paillé, pour piloter «l'organisation du travail» au siège du parti. Résultat? Jean-François Copé, le seul rival déclaré de Nicolas Sarkozy à l'UMP (même s'il n'affiche ses ambitions que pour 2017), préfère désormais travailler dans son club personnel, Génération France, à l'extérieur du mouvement présidentiel. Allergique aux dissonances, le chef de l'État se bouche les oreilles, au point que certains préfèrent entrer en dissidence: le député Daniel Garrigue, gaulliste social revendiqué, vient ainsi de claquer la porte de l'UMP, s'estimant bâillonné...

À l'Assemblée, du coup, les «couacs» entre l'exécutif et le groupe majoritaire se sont multipliés. Récemment, ce dernier s'est notamment rebellé contre le recours quasi systématique à la procédure d'urgence (qui prive le Parlement d'une seconde lecture des textes). Remontés, les députés UMP ont aussi refusé, ces derniers mois, d'inscrire à leur ordre du jour le projet de loi sur le travail du dimanche (dans sa première version) ou «omis» de se mobiliser sur le texte Hadopi contre le téléchargement illégal (au point d'être mis en minorité par le PS), déclenchant des fureurs noires à l'Élysée.

Alors Nicolas Sarkozy convoque, sermonne, humilie. Il profite du redécoupage en cours des circonscriptions législatives, surveillé comme le lait sur le feu, pour multiplier les pressions amicales sur les récalcitrants. Ses proches savent d'ailleurs rappeler aux grincheux, avec une certaine régularité, que c'est l'UMP (donc l'Élysée) qui se chargera en 2012 d'attribuer les investitures aux législatives... Bref, Nicolas Sarkozy manie le forceps, quand Barack Obama enfile des gants pour accoucher sa majorité. Les deux présidents n'usent pas de la même maïeutique, visiblement.

À Strasbourg en avril dernier (  Pete Souza/Maison Blanche)

  • Le rapport à l'ouverture

Vues de loin, les pratiques d'ouverture d'Obama et de Sarkozy se ressemblent. Les deux présidents ont en effet l'un et l'autre inclus dans leur gouvernement et leurs nominations des membres du camp opposé. Mais si l'on y regarde de près, on constate que leurs approches n'ont rien en commun. Nicolas Sarkozy a fait de l'ouverture un gadget, en sélectionnant des poids plumes de la politique (Jean-Marie Bockel), certes populaires (Bernard Kouchner ou Fadela Amara), mais peu susceptibles de le mettre en danger. Dans la marre socialiste, il a aussi pêché Éric Besson, mais ce dernier s'était déjà fâché avec Solférino. Surtout, dans l'arrière-boutique, dans les cabinets de ces recrues, il impose parfois ses propres hommes. Quant à ses autres nominations «d'ouverture», elles sont apparues essentiellement stratégiques (Dominique Strauss-Kahn «dégagé» à Washington pour gérer le FMI).

Du côté d'Obama, celui-ci a commencé par nommer sa principale rivale, Hillary Clinton, au poste le plus important de son cabinet, en la laissant choisir son équipe. Nul ne l'obligeait à faire ce geste qui, de surcroît, rehausse la stature de celle qui, sans cela, ne serait restée qu'ex-First Lady et ex-candidate à la candidature.

Pour le deuxième poste majeur de son administration, il a choisi de garder le secrétaire à la défense de son prédécesseur, le républicain Bob Gates, hérissant le poil de sa base. Il s'est ensuite efforcé de parsemer ses nominations de membres de l'opposition en les choisissant sur la base de leurs compétences (l'ambassadeur en Chine par exemple, gouverneur de l'Utah et fervent supporter de John McCain, parle mandarin et a déjà servi en Asie), et non de leur réputation médiatique ou de leur entregent.

En comparaison, la volonté de Nicolas Sarkozy de faire entrer Claude Allègre au chausse-pied dans son prochain gouvernement, malgré l'accablante réputation du chercheur et ses déclarations fantaisistes, apparaît comme un pur caprice et une opération bassement tactique, destinée à gêner encore le PS. Même des députés UMP s'en sont publiquement offusqué.

  • Le rapport à leurs collaborateurs et ministres

De David Martinon, insulté en direct sur une chaîne de télévision américaine, à son successeur Boris Boillon, livide dans son bureau après «une volée de bois vert du président qui l'a laissé sans souffle» (l'anecdote est rapportée par un diplomate), Nicolas Sarkozy gère son entourage comme une moissonneuse batteuse. Injures, colères, humiliations, tout y passe. «Il se met dans de telles colères que ses collaborateurs n'osent plus le contredire ou lui soumettre des nouvelles qui vont le fâcher», confie un très haut fonctionnaire en contact quotidien avec l'équipe de l'Élysée. «Cela devient hautement contre-productif.»

Cette gestion humaine s'accompagne d'un centralisme extrême. L'Élysée est le lieu de toutes les décisions et de toutes les initiatives, laissant aux ministères la gestion des affaires courantes. La politique étrangère de la France, par exemple, est concentrée entre les mains de la cellule diplomatique élyséenne, avec un Quai d'Orsay transparent. «Sur le long terme, cela aboutit à plein de décisions qui ne sont pas prises, faute de temps ou d'intérêt de la part de la présidence», évoque notre diplomate.

Du côté du Bureau ovale, Obama a toujours confié son admiration pour la façon dont Abraham Lincoln avait géré son administration : à la manière d'une équipe de rivaux (team of rivals). Si la structure de l'exécutif américain est profondément complexe, avec des postes doublés, triplés, voire quadruplés (la politique nord-coréenne concerne au moins quatre ou cinq personnes qui ont accès au président), l'ensemble fonctionne – pour l'instant – relativement harmonieusement sous Obama.

«Lors des réunions avec le président, celui-ci veut entendre tout le monde avant de livrer son point de vue. C'est une manière d'inclure tous les membres de son équipe dans le processus de décision et d'éviter les sycophantes qui s'alignent toujours sur la position présidentielle», raconte un conseiller diplomatique qui a participé à des dizaines de réunions durant la campagne électorale et à une poignée depuis l'inauguration.

L'humeur relativement posée d'Obama contribue aussi à une atmosphère «sereine et disciplinée», selon le journaliste-vedette de NBC Brian Williams, qui a récemment passé 48 heures à la Maison Blanche. Le président n'est pas surnomme «no-drama Obama» pour rien. Ses «coups de gueule» sont généralement des coups de colère froides qui ne durent pas. Il peut être parfois blessant, comme lorsqu'il avait répliqué à Hillary Clinton durant la campagne qu'elle était «suffisamment appréciée», sur le ton de la moquerie, mais cela ne dépasse jamais les bornes.

Ce n'est pas un hasard si la plupart de ses proches conseillers sont à ses côtés depuis des années, qui l'ont suivi de l'Illinois à la Maison Blanche en passant par le sénat des États-Unis et une campagne électorale de 18 mois.

  • Crise financière: deux stratégies et beaucoup d'agacement.

Face à la crise, les deux présidents ont dégainé des plans de relance très différents. Celui d'Obama s'élève à 789 milliards de dollars, soit 5,6% du PIB réalisé en 2008 aux Etats-Unis (un ordre de grandeur similaire au New Deal de Roosevelt). Contre une enveloppe nettement plus modeste, de 26 milliards d'euros, côté français – environ un point du PIB seulement. D'après la carte dressée par la Brookings Institution en mars 2009, le plan de relance américain est l'un des quatre plus ambitieux au monde (avec celui de l'Espagne notamment), tandis que la France apparaît dans la troisième et dernière catégorie, celle des plans dont l'ampleur est «négligeable».

L'Elysée se défend en rappelant que l'Hexagone est moins touché par la crise que les États-Unis, grâce aux «filets sociaux» du vieil État providence, comme l'assurance-chômage, qui limitent effectivement la casse de ce côté-ci de l'Atlantique. A moyen terme toutefois, les effets de ce décalage pourraient se révéler dévastateurs.

Quant aux orientations de cette relance, elles n'ont pas grand-chose à voir. Aux Etats-Unis : un gros tiers d'allègements fiscaux, un quart d'aides directes aux «victimes» de la crise (expulsés, chômeurs, etc.), et le reste (308 milliards) d'investissements. Obama a profité de cette formidable force de frappe budgétaire pour avancer sur des points cruciaux de son programme présidentiel, depuis l'assurance santé (financement de Medicaid) et l'éducation jusqu'aux énergies vertes. En France, c'est une tout autre histoire : de l'investissement public classique (infrastructures, etc.) à hauteur de dix milliards d'euros, des mesures bienvenues d'aide à la trésorerie des entreprises, du soutien à l'automobile, mais très peu de choses en matière sociale (rien pour soutenir la consommation des ménages, pourtant le pilier de la croissance française).

Au-delà des plans de relance, Nicolas Sarkozy s'est très vite, dès l'automne 2008, lancé dans une course bruyante à la «refonte» du capitalisme. Quitte à s'attribuer la paternité du G-20 de Washington, en novembre dernier, aux effets très mitigés. Obama, arrivé en poste en janvier, s'est montré plus prudent en la matière, et plus concentré sur ses affaires intérieures (voir la délicate mise en place du «Tarp», le gigantesque plan de rachat des actifs toxiques des banques américaines – en attendant la nationalisation ?).

En fait, le président des Etats-Unis avance discrètement sur certains dossiers «chauds». Alors que Nicolas Sarkozy s'enlise dans des discussions sans fin avec le Medef au sujet d'un code de bonne conduite sur le salaire des patrons, Obama annonce le plafonnement à 500.000 dollars des rémunérations des dirigeants dont les entreprises recevraient les aides de l'Etat. Et face aux paradis fiscaux, les premiers pas d'Obama sont convaincants. A commencer par une réforme en cours du code des impôts qui devrait aboutir à la fin d'année, pour contraindre des multinationales à payer des impôts sur le sol américain.

  • Politique étrangère:  l'un brise les tabous, l'autre fait des coups

Pendant toute la campagne présidentielle américaine, Barack Obama avait été traité comme un poids plume en matière de politique étrangère : raillé sur son inexpérience et son côté «Bambi». Encore aujourd'hui, ce grand donneur de leçons qu'est Nicolas Sarkozy n'a pu s'empêcher de confier qu'Obama avait des progrès à faire pour maîtriser ses dossiers, notamment celui du réchauffement climatique. Et pourtant, l'homme qui est en train de changer la donne sur le plan international est bel et bien l'Américain.

Dans ses mémoires, Nelson Mandela prend toujours soin d'expliquer que son combat contre l'Apartheid était plus aisé pour lui que pour ses compagnons blancs qui, eux, devaient «se battre contre leur propre peuple». Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Obama a choisi de briser quelques «tabous» de politique étrangère en prenant à rebrousse-poil des années de pente naturelle de la diplomatie et de l'opinion publique américaine.

Il a tendu la main à Cuba et à l'Iran par-dessus des décennies de haines et de rancœurs, et littéralement serré celle d'Hugo Chavez, à peine plus populaire que le diable aux États-Unis. Il a annoncé la fermeture de Guantanamo, irritant les conservateurs et tout ceux qui soutiennent l'existence de cette prison depuis huit ans. Mais il a conservé certaines lois sur le secret des détentions et des procédures, suscitant la fureur de sa gauche.

Avec la Russie du tandem Poutine-Medvedev, il a choisi de repartir d'un bon pied après la partie d'essuie-glace de l'administration Bush (de la connivence avec Poutine, dont Bush avait «sondé l'âme», à la provocation du bouclier nucléaire en Europe). Pendant ce temps, Sarkozy ne trouve que le moyen de mentir sur son rôle dans la crise géorgienne afin de surévaluer son intervention auprès des Russes.

Mais le gros dossier qui distingue les deux chefs d'État est celui du Proche-Orient. Quand Obama assouplit sa position vis-à-vis de l'Iran et semble s'orienter vers une reprise des négociations sans pré-conditions, son homologue français se répand sur toutes les tribunes à propos de la menace iranienne, tel un nostalgique des années Bush. Sur la question israélo-palestinienne, alors que le président américain réoriente sensiblement la position des États-Unis, en décidant de dire clairement les choses à Israël, «Nicolas Sarkozy semble convaincu que sa relation personnelle avec Netanyahou va lui permettre d'influer en coulisses sur sa politique, en dépit de tous les précédents qui ont démontré que cela ne marchait pas», raconte un diplomate du Quai d'Orsay.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/060609/pourquoi-obama-est-devenu-l-anti-sarkozy

Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/ludovic-lamant
[2] http://www.mediapart.fr/club/blog/mathilde-mathieu
[3] http://www.mediapart.fr/club/blog/thomas-cantaloube
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/050609/antony-beevor-les-combats-de-normandie-ont-ete-bien-plus-feroces-et-meurtriers
[5] http://www.youtube.com/watch?v=RLXBL41yBbQ
[6] http://www.lefigaro.fr/international/2008/07/25/01003-20080725ARTFIG00006-sarkozy-obama-c-est-mon-copain-.php
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pères_fondateurs_des_États-Unis
[8] http://www.newyorker.com/reporting/2009/03/02/090302fa_fact_lizza?currentPage=all
[9] http://www.amazon.com/Team-Rivals-Political-Abraham-Lincoln/dp/0684824906
[10] http://www.msnbc.msn.com/id/30892505/
[11] http://blogs.telegraph.co.uk/philip_sherwell/blog/2008/10/23/no_drama_obama_and_the_art_of_looking_presidential
[12] http://www.politicsdaily.com/2008/09/24/obamas-anger-problem/
[13] http://www.mediapart.fr/journal/international/120209/obama-passe-la-premiere-etape-face-a-la-crise
[14] http://www.brookings.edu/reports/2009/03_g20_stimulus_prasad.aspx?slideshow=1&slide=0
[15] http://www.mediapart.fr/journal/international/170209/les-cartes-du-plan-de-relance-d-obama
[16] http://www.mediapart.fr/journal/france/041208/la-face-cachee-du-plan-de-relance-de-sarkozy
[17] http://www.mediapart.fr/journal/international/161108/pourquoi-rien-de-concret-n-a-surgi-du-g-20
[18] http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-02-05/barack-obama-annonce-le-plafonnement-des-salaires-des-patrons/924/0/313804
[19] http://alternatives-economiques.fr/blogs/chavagneux/2009/05/05/paradis-fiscaux-obama-passe-a-l’attaque/
[20] http://www.amazon.fr/Un-long-chemin-vers-liberté/dp/2253140635/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1244208587&sr=8-1
[21] http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/04/02/revelations-sur-les-relations-obama-sarkozy.html


 

28 mai 2009

«La prévention de la délinquance a été beaucoup trop négligée ces dernières années»

Par Erich Inciyan

Mediapart.fr

Oublions le contexte électoral et le «grand discours sur la sécurité» prononcé à dix jours des européennes. Dépassons aussi cette impression de déjà-vu quand Nicolas Sarkozy reprend le thème qui lui a permis de construire son ascension vers l'Elysée. Libéré de ces arrière-pensées, on peut examiner de plus près les propos  tenus par le chef de l'Etat jeudi 28 mai.

Car le sujet de l'insécurité – particulièrement à l'école – est grave. Tout spécialement pour un homme qui a été le plus «long» ministre de l'intérieur (deux fois deux ans, depuis 2002) de la période écoulée. Qui a nommé ses fidèles aux postes clés de la police et qui garde un œil vigilant sur ces dossiers depuis son élection à l'Elysée, au point que l'on peine parfois à y voir une politique autonome de l'actuelle locataire de la place Beauvau.

On ose alors une question iconoclaste: et si Nicolas Sarkozy doutait (parfois) de l'efficacité de sa politique de sécurité?

Certes, les statistiques policières et la «culture du résultat» restent l'alpha et l'oméga du plan global de sécurité qu'il a mis en scène ce jeudi 28 mai. Jusqu'à s'appuyer sur les mauvais chiffres des derniers mois pour justifier son énième plan de lutte contre la délinquance: «Il faut tout autant dire la vérité quand surviennent des évolutions moins favorables. Les résultats de ces derniers mois contrastent avec l'évolution observée depuis sept ans», a déploré l'ancien ministre de l'intérieur. Soit une augmentation de «près de 4%» des «crimes et délits» en mars, d'un peu plus de 2% en avril... «Les chiffres de mai ne seront sans doute pas très bons», s'est même attristé le chef de l'Etat. Et de conclure son discours: «Je me suis engagé à obtenir des résultats. Nous aurons des résultats.»

Mais Nicolas Sarkozy connaît trop bien le sujet pour ignorer que ce thermomètre policier est régulièrement taillé en pièces par les chercheurs spécialisés... Il a été démontré, en 2007 notamment, que les mesures du «sarkomètre» sont très incertaines (ici sur Mediapart). Plus récemment, il a été établi que  «le discours convenu et répétitif sur la "baisse" de la "petite délinquance"» doit être rapporté à de plus justes proportions (Revue française de sociologie). Le chef de l'Etat est donc convaincu que la délinquance la plus massivement traumatisante – les vols, les cambriolages – reste stabilisée «à un palier haut» et constitue, selon les universitaires, «le risque le plus répandu pour la sécurité des particuliers». Depuis une bonne vingtaine d'années.

On conçoit alors que cette méfiance intime pour les statistiques ait conduit le chef de l'Etat à ne citer aucun chiffre relatif à l'éducation nationale. Rien, par exemple, sur les suppressions de postes de surveillants, d'infirmiers, d'aide éducateurs voire d'enseignants qui pourraient avoir une influence sur le thème de la sécurité à l'école qui a justifié ce discours du 28 mai.

Sur ce dossier, pourtant, Nicolas Sarkozy a hésité à suivre les mesures drastiques proposées par Xavier Darcos. Tout en faisant mine de dire le contraire: «J'entends les bonnes consciences qui crient au scandale quand le ministre de l'éducation nationale propose d'installer des portiques de sécurité à l'entrée des établissements. Bien sûr qu'il est regrettable d'en arriver là. Mais comment agir autrement dans un tel contexte. Attendre que l'irréparable se produise?», a certes déclaré M. Sarkozy. Comme les statistiques sont défaillantes et que d'autres drames ont eu lieu au cours des années précédentes en France, le président a été jusqu'à citer la fusillade du 11 mars 2009 au collège allemand de Winnenden (dix-sept morts, dont le collégien auteur des coups de feu). Mais, dans les faits, le président a été beaucoup moins formel que son ministre de l'éducation...

«La prévention de la délinquance a été beaucoup trop négligée ces dernières années»

Car il faut bien constater que la «sanctuarisation» des établissements scolaires, telle que brossée à l'Elysée, n'est pas le décalque de celle annoncée par leur ministre. Le chef de l'Etat n'a pas mentionné les pouvoirs d'«officier de police judiciaire» qui devaient être confiés aux responsables de l'éducation nationale pour leur permettre d'ouvrir les cartables. M. Sarkozy a vaguement promis que «les personnels de direction et d'encadrement» pourront procéder à ces fouilles – sans préciser comment leur donner ces moyens juridiques (observés de près par le Conseil constitutionnel). Sur la question des «portiques de sécurité», le chef de l'Etat s'est aussi montré en retrait par rapport à Xavier Darcos. Il a seulement indiqué que «toutes les mesures nécessaires» (sans précision) seraient prises sur la base de «diagnostics de sécurité» qui restent à réaliser dans mille cinq cents établissements.

Ce n'est qu'en sautant de l'école aux «voyous» que M. Sarkozy a retrouvé ses accents d'antan. Plaçant la barre très haut, le chef de l'Etat a proclamé sa volonté de «reconquête des quartiers sensibles». Cette «priorité» se concentrera sur vingt-cinq cités de l'Hexagone qui auront droit à une «mobilisation complète des forces de l'ordre». L'enjeu paraîtra-t-il démesuré aux policiers? «Aucune rue, aucune cave, aucune cage d'escalier» ne sera épargnée et les «opérations coups de poing» vont se multiplier.

Avec une égale vigueur,  le président de la République a plaidé pour «un plan gouvernemental de prévention de la délinquance et d'aide aux victimes». Il a même sommé son premier ministre de réunir «d'urgence tous les ministres concernés» afin de présenter ce programme «dès septembre». Car Nicolas Sarkozy dit regretter que «sa» loi de 2007 sur «la prévention de la délinquance» n'ait pas été mise «pleinement en œuvre». Avec des mots finalement convaincants: «La prévention de la délinquance a été beaucoup trop négligée ces dernières années.»

Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/erich-inciyan
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/270509/michele-alliot-marie-veut-installer-la-police-au-coeur-de-nos-ordinateurs
[3] http://www.elysee.fr/documents/index.php?lang=fr&mode=view&cat_id=7&press_id=2651
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/270308/police-la-fabrique-des-statistiques-et-la-culture-de-la-performance
[5] http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2009-1-p-31.htm
[6] http://www.mediapart.fr/journal/france/250509/police-l-ecole-quand-mam-fait-la-lecon-xavier
[7] http://www.mediapart.fr/journal/france/280308/police-et-delinquance-des-objectifs-chiffres-a-la-decimale-pres
[8] http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/prevention_delinquance.asp
[9] http://www.mediapart.fr/files/sarkoshowPDF.pdf


23 mars 2009

France Inter, radio active

LE MONDE | 23.03.09 | 09h29 

lle a fait de "la différence" le leitmotiv de sa campagne de publicité lancée à l'automne 2008. Une différence (dont les corollaires sont "vigilance", "pertinence", "irrévérence" et, surtout, "indépendance") qui attire les curieux et captive ses fidèles. Mais semble aujourd'hui irriter le pouvoir, à quelques semaines de la fin du mandat du patron de Radio France, Jean-Paul Cluzel, qui, si l'on s'en tient aux dernières déclarations de Nicolas Sarkozy, ne sera pas renouvelé. Et ce en dépit de son bilan : non seulement au travers du rayonnement de son vaisseau amiral, mais aussi du nombre de jours de grève cumulés (nombre de jours de grève multiplié par nombre de grévistes) à Radio France, passés de 4 500 en 2004 à 150 en 2008. Signe d'une paix sociale retrouvée. Et si l'humour et l'info continuent leur belle échappée sur les ondes, pour d'aucuns, une menace sourde pèse.

Deuxième radio généraliste derrière RTL, selon Médiamétrie, France Inter a mobilisé quelque 5,5 millions d'auditeurs chaque jour entre novembre et décembre 2008. Leader, toutes stations confondues, sur les tranches d'infos de 8 heures, 13 heures et 19 heures, elle enregistre une progression sensible sur sa matinale (de 7 heures à 10 heures), animée par Nicolas Demorand, et notamment un gain de plus de 220 000 auditeurs en moyenne entre 7 h 45 et 8 heures. C'est "le fameux quart d'heure de la mort, explique Thomas Legrand, dont les éditoriaux politiques ouvrent cette tranche. Un quart d'heure de réponse à l'hyper-communication de notre monde" qui s'achève avec "L'humeur" de Stéphane Guillon dont la verve incisive n'est pas étrangère à ce succès. C'est d'ailleurs sur la chronique de l'humoriste consacrée à Dominique Strauss-Kahn, le président du FMI, que s'est focalisée la colère du président de la République.

Ce "cocktail assez original", selon Thomas Legrand, où se mêlent info et humour, est devenu l'une des recettes du succès de la radio de service public. Et l'absence de publicité - à l'inverse des radios concurrentes saturées de réclames - en rend le message beaucoup plus audible, et donc plus efficace. L'exercice, pas toujours aisé, consiste, en substance, à réserver "l'information aux journalistes" et "l'impertinence aux humoristes", ainsi que le résumait Jean-Paul Cluzel dans une interview accordée au Figaro, le 11 mars.

 

TRAVAILLER EN TOUTE LIBERTÉ

"Je ne pourrais pas faire la même émission sur une autre antenne, affirme Isabelle Giordano, animatrice de l'émission quotidienne "Service public". Mettre clairement en cause des banques ou des grosses entreprises comme Danone, Orange, Nestlé ou SFR serait impossible ailleurs qu'à Inter. C'est un vrai plaisir de travailler en toute liberté. D'avoir un patron qui vous dit : "Fonce, vas-y, c'est pas grave si on nous colle un procès"..."

Une liberté d'expression devenue le bien commun le plus précieux pour tous les acteurs de la radio. "Et qui n'existe dans aucun autre mass media", souligne Philippe Collin, maître d'oeuvre le dimanche matin de "Panique au Mangin palace" qui se veut un "Barnum burlesque" autour des nouvelles du monde. "Nous n'avons jamais subi la moindre pression. Nous avons une totale liberté d'esprit dans l'espace éditorial que l'on nous a confié, poursuit l'animateur. Ici, les gens ont renoncé à l'argent. C'est un luxe absolu." "Une grande liberté de ton", poursuit Stéphane Bern, dont l'équipe du "Fou du roi", chaque matin, ne ménage pas non plus ses piques à l'adresse des "vaches sacrées de nos institutions", notamment Didier Porte, également présent le jeudi à la matinale d'Inter.

Car si Inter est une radio de service public cela ne signifie pas, pour ceux qui la font, qu'elle doit être au service du pouvoir. Et cela n'est pas sans agacer. Il en est ainsi des éditoriaux politiques de Thomas Legrand, qui ne trouvent pas toujours grâce aux yeux de Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée ou des chroniques de Stéphane Guillon.

"La tonalité d'Inter n'est pas anti-sarkozyste, estime Frédéric Pommier, responsable de la revue de presse. Elle est critique. Il existe dans la presse écrite française, surtout régionale, une tonalité spécifique par rapport au pouvoir politique. Ma revue de presse ne fait que témoigner de cette situation. Peut-être que la frilosité des autres médias met en valeur la lucidité de notre antenne..." Thomas Legrand revendique, lui, une "logique de contre-pouvoir" dans ses chroniques qui décryptent "moins les postures que les modes de communication politiques. Les communicants sont de plus en plus influents autour des hommes et des femmes politiques".

 

NI IMPERTINENT NI IRRÉVÉRENCIEUX

"Nicolas Sarkozy est dans un monologue sécurisé, et non pas dans un dialogue, explique l'éditorialiste. Il n'y a plus de conférence de presse. Depuis son élection, Barack Obama en a déjà sollicité quatre. Nous, journalistes, avons tendance à parler plus fort pour conjurer la vitre qu'il y a entre lui et nous. Le ton ne serait pas le même s'il existait un lien plus direct. Nicolas Sarkozy est aussi moderne que Gordon Brown ou José Luis Zapatero, sauf qu'il gouverne comme le général de Gaulle."

La parole désacralisée voulue par le candidat président se heurte aujourd'hui à la désacralisation de la réponse des médias, explique le journaliste. Cette approche, très sensible lors de la matinale d'Inter, est potentialisée par l'humour iconoclaste de Stéphane Guillon, au point que ni Rachida Dati, ni Michèle Alliot-Marie n'osent y participer. De quoi fâcher en plus haut lieu.

Pour autant, le voisinage entre info, satire ou caricature (une des plus anciennes traditions de la culture française, rappelle Philippe Collin) n'est pas, à coup sûr, synonyme de complicité, voire de connivence. "Je ne me sens ni impertinent, ni irrévérencieux, plaide Thomas Legrand. Les seules bornes que je m'impose sont celles de la rigueur. Les humoristes ne comprennent pas toujours que l'on ne peut pas aller sur leur terrain."

Face à cette tentation, Stéphane Bern adopte l'autodérision : "L'invité ne peut pas avoir moins d'humour que moi. Je suis là aussi pour cautériser les plaies. Stéphane Guillon attaque souvent de manière sincère, mais aussi parfois de manière indigne. Le problème est que personne, à son côté, ne désamorce la pompe."

Il existe aujourd'hui une crainte, fondée ou pas, que l'esprit d'Inter soit attaqué. "Ça ne me choque pas que notre président soit nommé par l'Elysée, explique Philippe Collin. Le problème est qu'il puisse être révoqué à tout moment. Ça va devenir un enfer pour celui qui gouvernera cette maison, une épée de Damoclès au-dessus de la tête, et qui jouera son poste chaque matin. Le risque est que cela suscite une forme d'autocensure, une peur par anticipation." De quoi permettre au pouvoir de ne même plus avoir besoin de l'exercer.


Alain Constant et Jean-Jacques Larrochelle

Article paru dans l'édition du 22.03.09
http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2009/03/23/france-inter-radio-active_1171040_3238.html


08 février 2009

L'allocution de notre Président : Le Docteur Panel décrypte le grand écart des sondages

   

36% des Français convaincus selon Le Parisien. 53% pour le Figaro. Le Docteur Panel décrypte ce grand écart.

Pendant l'interview de Nicolas Sarkozy le 5 février

Selon Le Parisien.fr [1]qui cite un sondage CSA, Nicolas Sarkozy n’a convaincu que 36% des Français lors de son intervention de jeudi 5 février. Selon le sondage Opinionway [2] pour le Figaro, ce sont 53% des Français qui ont été convaincus. Cherchez l’erreur…

Nous avions déjà décortiqué dans ces colonnes le décalage entre un sondage qui affirmait que le oui au référendum européen gagnerait [3] s’il était réédité (en juin 2008) et un autre qui donnait le non gagnant dans les mêmes conditions. Mais ici, c’est un gouffre abyssal de 17 points qui sépare les deux diagnostics. Comment est-ce possible? Qui croire?

Le premier réflexe (et ce ne sont pas les riverains de rue89 qui me contrediront!) est de se dire qu’Opinionway fait ses sondages par Internet, que les internautes ne sont pas représentatifs des Français (jusque là je suis d’accord) et que donc c’est l’autre qui a raison (là ce n’est pas vrai pour autant).

En fait c’est bien plus compliqué que ça. Et ça nous donne l’occasion de balayer deux points importants sur lesquels les sondeurs, comme les journaux qui les achètent et les commentent, devraient s’astreindre à plus de transparence. Un, la question de la représentativité; deux, la question des "bases des répondants".

Par Internet, des sondés semi-professionalisés

Qu’il s’agisse de sondages téléphoniques ou par Internet, l’expression "échantillon représentatif" qui figure en note méthodologique des sondages se fonde uniquement sur le fait que la structure de l’échantillon respecte celle que l’Insee donne pour la population française sur un petit nombre d’indicateurs (âge, sexe, région, taille d’agglomération, catégorie socioprofessionnelle).

Pour le reste, c’est le hasard qui est censé assurer la représentativité. Et le hasard est effectivement très fiable, quand c’est vraiment lui qui fait le boulot. Le problème, c’est qu’une multitude d’obstacles l’empêchent de travailler correctement.

En gros, Internet surreprésente les geeks, le téléphone surreprésente les charentaises. Voyons cela plus en détail:

  • S’agissant des sondages par Internet, même en dehors du fait que les Français ne sont pas encore tous équipés, il faut savoir qu’il n’existe pas d’annuaire d’adresses Internet. Par conséquent les "échantillons représentatifs" sont en réalité extraits de panels –c'est-à-dire de fichiers gérés par des gens dont c’est le métier- comprenant quelques dizaines ou centaines de milliers d’adresse mail de personnes ayant par avance accepté le principe de répondre à des enquêtes, en échange de bons de réduction ou de récompenses de ce genre.

    Autant dire qu’il s’agit de sondés "semi-professionnalisés". Ça n’en fait pas nécessairement des menteurs, mais simplement des gens qui n’ont pas forcément les mêmes motivations et façons de voir la vie que les autres. Donc peut-être pas non plus les mêmes opinions que l’ensemble des Français.

  • Pour les sondages téléphoniques, c’est différent, mais le hasard est aussi entravé. France Télécom vend des extraits d’annuaire. Ces extraits sont plus représentatifs que des panels puisqu’ils contiennent les numéros de tous les abonnés sauf ceux sur liste rouge ou orange. C’est déjà un biais, mais moins déformant.

    Un deuxième biais s’y ajoute, de plus en plus préoccupant: seuls les téléphones fixes sont appelés. Donc les personnes qui sont souvent à la maison aux heures où les enquêteurs appellent sont largement surreprésentées dans l’échantillon. A l’inverse celles qui sont toujours en vadrouille et joignables seulement sur leur portable, sont sous-représentées. Là encore, à âge, sexe ou profession égale, qui peut affirmer que ces deux populations aux modes de vie si différents se répartissent de la même manière sur les questions d’opinion?

Vraiment, il est grand temps que les instituts se dotent d’un peu d’investissements en recherche et développement avant de n’avoir plus que leurs voisins de pallier à interroger comme échantillon "représentatif".

Comment peut-on répondre à la question "avez-vous été convaincu" à propos d’un discours qu’on n’a pas entendu?

Mais ce qui creuse bien plus sûrement l’écart entre le sondage de CSA commenté par le parisien.fr et celui d’Opinionway pour le Figaro est que chacun fait, avec les chiffres et les mots, des petits raccourcis qui finissent par se transformer en grosses approximations tendancieuses.

Opinionway pose sa question (Sarko a-t-il été convaincant ou pas?) à ceux qui ont suivi l’intervention. Logique.

Oui mais tous les Français ne l’ont pas suivie. J’oserai même faire l’hypothèse qu’il y avait plus de personnes prédisposées à adhérer à ses propos parmi ceux qui l’ont suivie, que parmi ceux qui ont préféré voir Merryl Streep sur Canal+, ou faire autre chose de leur soirée.

Donc ce ne sont pas "les Français" qui l’ont trouvé convaincant, mais seulement "les téléspectateurs qui l’ont regardé". Dont certains étaient peut-être convaincus d’avance. Chers M. Opinionway et M. Figaro, si vous nous entendez, merci de rectifier.

Pendant ce temps, CSA pose la question à ceux qui ont suivi l’intervention mais aussi à ceux qui en ont entendu parler sans pour autant l’avoir suivie. Son chiffre beaucoup plus bas conforte l’idée que ceux qui n’ont pas suivi l’émission, beaucoup moins convaincus, "plombent la moyenne".

Etaient-ils d’avance hostiles à ses idées? Ou bien sont-ils moins convaincus justement parce qu’ils n’ont pas eu l’heur d’être exposés à l’envoûtante parole présidentielle? Impossible à savoir. Corrélation n’est pas causalité. Et de toute façon, comment peut-on répondre à la question "avez-vous été convaincu" à propos d’un discours qu’on n’a pas entendu? De fait 12% répondent "je ne sais pas".

Donc Opinionway et le Figaro pêchent par excès de sarkophilie: ils extrapolent à l’ensemble des Français les opinions de ceux qui regardent le Président parler à la télé.

L’article du Parisien [4] donne, lui, plutôt dans la sarkophobie: pour enfoncer l’allocution présidentielle il se garde bien de distinguer les gens qui l’ont vue de ceux qui l’ont zappée. Il couvre donc une plus grande part des "Français" (en ce sens son usage de ce terme est moins abusif), mais la notion de conviction présuppose l’exposition à ce qui peut convaincre –en ce sens agglomérer ces deux populations est manipulateur.

Conclusion: "les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut" est la vérité de comptoir qui se vérifie le plus souvent!

A lire aussi sur Rue89
Sarkozy et la crise: un peu de social et beaucoup de flou [5]
Référendum sur le minitraité européen: que voterait la France? [6]

Ailleurs sur le Web
Sarkozy n'a pas convaincu 52% des Français [7], sur Le Parisien
Face à la crise: Sarkozy a convaincu [8], sur Le Figaro   

URL source:
http://www.rue89.com/en-faire-un-sondage/2009/02/08/lallocution-speciale-crise-de-sarkozy-a-convaincu-ou-pas

Liens:
[1] http://www.leparisien.fr/politique/exclusif-sarkozy-n-a-pas-convaincu-52-des-francais-06-02-2009-401615.php
[2] http://www.lefigaro.fr/politique/2009/02/07/01002-20090207ARTFIG00199-face-a-la-crise-sarkozy-a-convaincu-.php
[3] http://www.rue89.com/en-faire-un-sondage/referendum-sur-le-minitraite-europeen-que-voterait-la-france
[4] http://www.leparisien.fr/politique/exclusif-sarkozy-n-a-pas-convaincu-52-des-francais-06-02-2009-401615.php
[5] http://www.rue89.com/2009/02/05/sarkozy-et-la-crise-un-doigt-de-social-et-beaucoup-de-flou
[6] http://www.rue89.com/en-faire-un-sondage/referendum-sur-le-minitraite-europeen-que-voterait-la-france
[7] http://www.leparisien.fr/politique/exclusif-sarkozy-n-a-pas-convaincu-52-des-francais-06-02-2009-401615.php
[8] http://www.lefigaro.fr/politique/2009/02/07/01002-20090207ARTFIG00199-face-a-la-crise-sarkozy-a-convaincu-.php


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29 décembre 2008

NAOMI KLEIN ET LA CRISE FINANCIÈRE

EXCLUSIF LaTéLéLibre.fr

visionnez l'interview de Naomi Klein

Partie 1

La stratégie du choc” à l’œuvre pendant la crise financière

Nous avons pu rencontrer Naomi Klein, cette journaliste et écrivaine canadienne, auteure du livre “No Logo”, et plus récemment de “la stratégie du choc” (2007, Actes Sud).

Alors que la crise financière s’installe dans le monde entier, il nous a semblé utile d’entendre cette spécialiste du “capitalisme du désastre”.

naomiklein2

La stratégie du choc” à l’œuvre pendant la crise financière

Dans cette première partie, Naomi Klein nous rappelle la stratégie du système  “néo-libéral”: profiter des crises pour installer un peu plus l’idéologie du “laissez-faire”. Un système qui fonctionne sur les bulles spéculatives et le secours de l’Etat en cas de problème. Quand elles gonflent, les spéculateurs font des profits, et ”quand les bulles éclatent, l ’Etat intervient et nationalise la dette, nationalise le risque“.

Une stratégie politique

Elle donne l’exemple édifiant du cyclone à la Nouvelle Orléans. Selon elle, ce n’est pas le cyclone “Katrina” qui a détruit la ville, mais c’est bien la démission de l’Etat dans tous les services publics (notamment l’entretien des digues), qui a favorisé la catastrophe.

“En fait, si vous vous rendez à la Nouvelle-Orléans aujourd’hui, vous verrez la vision de la reconstruction de l’administration Bush : elle consiste à finir le boulot, à détruire l’Etat et le service public. Donc le réseau des écoles publiques.

Et pour l’ensemble des logements sociaux, c’est pareil. La Nouvelle-Orléans accueille beaucoup de logements sociaux. Dès que la ville était sous les eaux, j’y étais à l’époque, des hommes politiques et des lobbyistes ont déclaré : « maintenant, nous pouvons fermer le projet de logement ». En fait, j’ai cité un homme politique républicain qui disait : « nous ne pouvions pas arrêter le projet mais Dieu l’a fait ».

 Bush s’est invité à la TV et a déclaré que nous aurions « la société de propriétaires » à la Nouvelle-Orléans. Les particuliers vont habiter dans leurs propres logements au lieu de louer un logement social.  Donc on peut observer un lien direct entre ce qui s’est passé à la Nouvelle-Orléans et la crise hypothécaire actuelle, celle des subprimes, nous ne vivons pas un accident de l’histoire » 

Dans la deuxième partie, la journaliste nous met en garde contre l’impression donnée par les dirigeants libéraux. Que ce soit Bush ou Sarkozy, tousveulent nous convaincre qu’ils s’attaquent aux racines de la crise. Selon elle, ils n’ont qu’une idée en tête, briser les acquis sociaux obtenus par les travailleurs au siècle dernier. Elle revient par ailleurs sur la crise de 29, et sur les outils mis en place lors du New Deal, pour réguler le système des banques. Des lois qui ont été totalement ignorées à partir du mandat de Ronald Reagan.

John Paul Lepers
images: Henry Marquis et Matthieu Martin
Montage : Smaïn Belhadj
Traduction: Kelly Pujar

http://latelelibre.fr

naomiklein_a_suivre


12 décembre 2008

Nicolas Sarkozy : SPF !


Nicolas Sarkozy: sans promesses fixes!


par Infodujour-LePost

... et rapporté par Speculand


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07 novembre 2008

citation politique à méditer ... tranquillement !

"Il est si facile de se précipiter pour faire preuve de leadership qu'on en oublie d'analyser correctement et à fond la situation".

Fredrik Reinfeldt, Premier ministre suédois, au sujet de Nicolas Sarkozy

Source : nouvel Obs.com


28 octobre 2008

Yves Cochet, discours à l’Assemblée Nationale sur la décroissance.


crise: Yves Cochet groupe GDR Verts

par inet


Lu sur casseursdepub.org : LA DECROISSANCE ENTRE A L'ASSEMBLEE NATIONALE
Les 9 et 14 octobre 2008, Yves Cochet, député des Verts de Paris, a prononcé à l’Assemblée Nationale deux interventions qui feront date pour la décroissance.
Ces discours sont des éléments essentiels pour comprendre la crise actuelle.
Le site d’Yves Cochet : http://www.yvescochet.net/wordpress/index.php


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10 juillet 2008

Cerémonie des JO 2008 en Chine : sous couvert de la PFUE, N. Sarkozy décide de s'y rendre !


JO: Sarkozy sera de la partie

par lemondefr

PFUE : Présidence Française de l'Union Européenne


20 juin 2008

DE L'ART DE SE MOQUER DU MONDE

© DE L'ART DE SE MOQUER DU MONDE

MEDIAPART.fr

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À l'automne, le comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République présidé par Edouard Balladur remettait soixante-dix-sept recommandations. Il en résultait un renforcement à la fois de la présidence et du Parlement. Aujourd'hui, le seul renforcement de la présidence est à l'ordre du jour. Voilà l'une de ces duperies qu'un épisode de 1792 a popularisées sous l'expression de baiser Lamourette. Le traquenard du comité Balladur avait été dénoncé comme tel par Bastien François, professeur à Paris I, auteur de Misère de la Ve République (Points-Seuil, 2007) et contributeur du Club de Mediapart. C'était dans un article de la revue Mouvements, en date du 29 octobre 2007 :

 

 

«Le piège politique, bien à la manière de Nicolas Sarkozy, consisterait alors à prendre au sérieux tel ou tel aspect du rapport Balladur, à le discuter, à vouloir l’amender en perdant de vue le plus important : ces 77 propositions, pour séduisantes que certaines puissent être, ne règlent en rien le problème démocratique de la Ve République, le découplage entre exercice du pouvoir d’Etat et responsabilité politique des gouvernants. Le rapport Balladur, à cet égard, n’est qu’un leurre, comme la muleta qu’agite le toréador avant le meurtre rituel qu’il va commettre.»

 

 

Il en va de même du rapport que parachève la commission pour une nouvelle télévision publique présidée par Jean-François Copé, avant sa remise, le 25 juin, au président de la République. Les dés sont pipés, du fait d'un vice de forme initié par Nicolas Sarkozy : l'impossibilité de recourir à l'augmentation de la redevance, pour compenser la disparition des ressources publicitaires de France Télévisions annoncée le 8 janvier par le même Nicolas Sarkozy, l'alpha et l'oméga en cette affaire.

 

 

Augmenter la redevance, c'était conjuguer le proximisme et l'idéalisme (gage de réussite d'une politique, comme l'avait compris Charles de Gaulle) : les contribuables auraient accepté de payer davantage, à la fois parce qu'il s'agit d'écrans auxquels ils sont collés plus de trois heures par jour et parce qu'il était question d'un projet d'élévation nationale.

 

 

Pour allier innovation et qualité, donc compétitivité, le service public a notamment l'ardente obligation de rattraper son retard sur la Toile (le budget de France Télévisions Interactive, 15 millions d'euros, était l'an dernier huit fois moindre que celui de la BBC). Un tel besoin de financement exige un plan, une vision, un dynamisme, qui ne s'en tiennent pas à la simple compensation, «euro par euro», du manque à gagner publicitaire.

 

 

Or une fois de plus, le président Sarkozy a préféré traiter les citoyens en consommateurs : aucun débours en vue ! Du coup, au lieu d'une logique civique (je finance donc je me montre exigeant), voici un bricolage consistant à ponctionner les fournisseurs d'accès (Internet ou téléphonie) et à taxer le surplus des recettes publicitaires de la télévision privée, ce qui imposera une logique industrielle (nous finançons donc nous intervenons sur les contenus).

 

 

L'effet de sidération créé permet de briser France 3 encore doté de syndicats puissants, de jeter par-dessus bord les ultimes contraintes liées aux contenus des programmes, de se débarrasser de RFI qui faisait obstacle à la formation d'un ensemble dévolu à l'audiovisuel extérieur, où les métiers et les tâches se confondraient dans un méli-mélo de l'écrit, des images et du son ; le tout en vertu d'une gouvernance d'entreprises enfin et à jamais modernes.

 

 

Au nom de cette prétendue modernité, la commission Copé s'est souciée comme d'une guigne des créateurs susceptibles de régénérer la télévision publique, ne traitant qu'avec des producteurs, dont l'idéalisme de gauche ne résiste guère plus que de raison face à un carnet de commandes soudain prometteur...

 

 

Miettes ainsi conjecturées pour ceux qui permettraient à un semblant de service public de vivoter, d'une part. D'autre part, cataractes de largesses destinées à un secteur privé si glouton qu'il ne semble point rassasié par de juteuses assurances : hausse d'un tiers du volume horaire maximal de publicité, deuxième coupure durant les films, assouplissement de la loi anti-concentration pour permettre à quelques groupes de proliférer dans la TNT.

 

 

Nicolas Sarkozy est passé maître dans l'art de faire miroiter l'équilibre pour imposer la disparité, l'inégalité et la perturbation au profit du plus fort. Le comité Balladur entendait renforcer à la fois la présidence et le Parlement ? Il n'y en a donc que pour la présidence. La commission Copé prétend secourir la télévision publique sur fond de libéralités en faveur du secteur privé. Que croyez-vous qu'il adviendra ?

 

 

Déjà se joue cette cruauté propre à la fable de La Fontaine Le vieux chat et la jeune souris, où un petit rongeur de la même farine que notre service public implore :

«Laissez-moi vivre : une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?»

 

 

Le félin, ivre de darwinisme sans le savoir, n'écoute que son inclémence :

«Meurs, et va-t'en, tout de ce pas,
Haranguer les sœurs filandières.»


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