Chez Michèle Rivasi
Députée européenne (Europe Ecologie) de la région Grand Sud Est, je suis aussi professeur agrégée de biologie.

Ondes électromagnétiques : il faut réduire les risques

Michèle Rivasi
Députée européenne
Publié le 18/11/2011 à 02h50

5 milliards de personnes utilisent aujourd'hui des téléphones portables, mais peu sont conscientes des effets à long terme que peuvent produire les radiations des micro-ondes de leurs mobiles.

Alors que nous sommes déjà bombardés en permanence de micro-ondes pulsées issues des antennes relais (GSM, 2G, 3G UMTS, WIMAX... ), de téléphones sans fil DECT, de baby-phones, de réseaux sans fil (WiFi/WLAN), etc, l'industrie des télécoms envisage d'encore augmenter l'exposition aux ondes électromagnétiques en ajoutant de nouvelles sources de rayonnement telles que le réseau 4G (LTE) ou les compteurs électriques « intelligents ». Certains opérateurs comme SFR se targuent même d'avoir plus de hotspots WIFI que de vaches en France : aberrant !

C'est pourquoi, en avril 2009, le Parlement européen a adopté à la quasi-unanimité le rapport de la députée Frédérique Ries intitulé « Préoccupations quant aux effets pour la santé des champs électromagnétiques », qui réclame une révision des seuils d'exposition aux champs électromagnétiques.

Parmi les 29 mesures adoptées, les parlementaires ont demandé la révision à la baisse des limites recommandées pour les champs électromagnétiques fixées par le Conseil en 1999, ainsi qu'une meilleure prise en compte des effets biologiques de ces champs.

L'électro-hypersensibilité devrait être reconnue comme handicap

Nous réclamons aussi la reconnaissance par les Etats-Membres de l'électro-hypersensibilité comme handicap, sur l'exemple de la Suède.

Cette année, en 2011, l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe, composée de délégations de parlementaires nationaux, a approuvé le rapport Huss, dont les conclusions, similaires, appellent aussi à une baisse des valeurs limites actuellement en vigueur en Europe.

Nous, en tant qu'élus, sommes à l'écoute des remontées du terrain. Sur la question des pollutions électromagnétiques, elles sont malheureusement de plus en plus nombreuses. Et de plus en plus fondées.

Pourquoi continue-t-on alors, au niveau des institutions sanitaires nationales et communautaires, à nier ou minimiser un risque largement mis en évidence depuis plus de 30 ans et confirmé par de nombreuses méta-analyses ?

Les effets à long terme ignorés

Il y a un en effet un véritable consensus scientifique au sujet par exemple de l'impact réel des antennes relais sur leurs riverains, puisque près des trois quarts des études publiées concluent à un effet sanitaire.

Une étude de 2010 signale que parmi les 10 études épidémiologiques s'intéressant aux effets de l'exposition aux rayonnements d'une antenne relais, huit d'entre elles relèvent un risque accru de cancers ou de troubles neurocomportementaux chez les personnes résidant à moins de 500 m d'une antenne relais. Une autre méta-analyse, publiée en 2009, a passé en revue quatorze travaux scientifiques publiées entre 2001 et 2008. Sur les quatorze études comparées, dix d'entre elles observent une augmentation significative des symptômes étudiés.

Le problème est que la plupart des législations actuellement en vigueur au sein de l'Union sont basées sur les recommandations de l'ICNIRP (Commission internationale de protection contre les rayonnements non-ionisants), qui ne tiennent pas compte de l'existence de ces effets chroniques et non thermiques ni des effets à long terme des champs électromagnétiques comme le risque de développer un cancer.

Répondre au défi croissant des effets cocktail

Où est la prise en compte, par les services de la Commission, de ces données émergentes, aux méthodologies de plus en plus robustes ? Pourquoi attendons nous toujours de la part de la Commission des recommandations constructives et rationnelles, invitant les pays de l'Union Européenne à un développement des réseaux sans fil limitant les niveaux de rayonnement au plus bas niveau possible ?

Nous autres, politiques, n'inventons rien. Nous nous contentons, pour avoir un avis éclairé et le plus objectif possible, de prendre en compte l'ensemble des études publiées.

Il est temps de revoir les normes à la baisse afin de répondre au défi croissant des effets cocktail d'une exposition chronique à long terme aux champs électromagnétiques. Les signaux émergents sont là.